Du vert pâle, du blanc et quelques touches de rouge. Pour l'instant, le visiteur ne peut découvrir que cette page d'accueil sur le réseau social du Parti socialiste, la Coopol (pour "Coopérative politique"). "Le design a été prévu pour le logo du PS, mais non, il n'y figure pas encore", sourit Benoît Thieulin, fondateur de l'agence Web la Netscouade qui a conçu le site.

A l'intérieur de la Coopol, les militants ont déjà commencé à prendre leurs marques. Testé depuis septembre par une quinzaine de sections pilotes, l'outil est déployé progressivement, fédération après fédération. Après la Picardie et l'Alsace, Rhône-Alpes et Île-de-France, c'est au tour des socialistes de la Lorraine, du Centre, de la Bretagne et de Poitou-Charentes de prendre le train du numérique.

"Le premier objectif, c'est d'outiller les militants pour la coordination online et offline. Nous voulons rendre la vie plus simple pour des métiers politiques classiques, comme monter une réunion ou organiser un tractage", argumente Benoît Thieulin, à lorigine du premier site Désirsdavenir en 2006. La prise en main du réseau par les sections sera favorisée par des séances de formation et une évangélisation des secrétaires de section, chevilles ouvrières du parti.

Ce n'est qu'après avoir profité de la structure du parti et s'être appuyé sur une communauté déjà construite sur le terrain que la Coopol ouvrira ses portes aux sympathisants socialistes. Dans quelques jours, les militants pourront envoyer des invitations pour parrainer de nouveaux membres.

Ainsi sonnera l'heure du "décloisonnement" si cher à Benoît Thieulin.. Outre un dialogue direct entre responsables et militants de base, le réseau veut permettre à chacun de monter un groupe pour débattre et travailler avec des "Coopains" habitant à l'autre bout du pays. Mieux, ces activités en ligne seront valorisées par un système de "social scoring". Une révolution validée "sans hésitation" par la direction du PS.

Lancée en janvier, la Coopol doit monter en puissance en 2010, avec, en point de mire, la prochaine présidentielle. Avec, en hors d'oeuvre, "pourquoi pas l'organisation des primaires?", imagine le fondateur de la Netscouade. Qui reste toutefois lucide sur les objectifs. "Si un tiers des 200 000 militants est actif sur la Coopol, c'est déjà énorme. Mais à minima, nous aurons réussi à numériser le parti", conclut Thieulin.

Le Nouveau Centre, un parti, deux réseaux sociaux

Les militants d'un côté, les sympathisants de l'autre: le Nouveau Centre a opté pour la stratégie inverse de celle du PS et ouvert deux sites distincts. Pour les 12 500 militants a été conçu Epicentres. En s'inscrivant, ils peuvent organiser ou s'inscrire à différents événements, localisés sur une carte. "Nous voulions déléguer au réseau social la responsabilité d'accueillir et de compléter l'implantation locale du Nouveau Centre, qui est un mouvement en construction. C'est un outil qui permet au noyau dur du parti de gagner en efficacité", argumente Arnaud Dassier, directeur de l'agence Web L'Enchanteur. Selon lui, le site compterait 1500 inscrits, avant un lancement plus général courant janvier.

Les sympathisants du Nouveau Centre peuvent, eux, converger vers le second site, ThinkCentre. Pourquoi cette séparation? "Si des sympathisants se retrouvent sur un réseau social qui mêle à la fois débat et action militante de terrain, ils risquent de se sentir agressés", justifie Arnaud Dassier.

Sur ThinkCentre, les internautes prennent part aux débats qui leur sont soumis. Et s'ils peuvent faire des propositions et noter les interventions, l'ambiance reste au "participatif dirigé". "Pas question de les laisser discuter entre eux. L'internaute ne crée pas son propre débat", revendique Arnaud Dassier. Il insiste: "Un parti politique a une obligation de profondeur et d'efficacité. Nous ne voulons pas d'un café du commerce. Cela ne sert à rien et ce serait complètement hypocrite. S'ils veulent refaire le monde, qu'ils aillent sur Facebook."