Dure ou douce? Légaliser ou dépénaliser? Les questions autour du cannabis agitent le microcosme politique depuis des années. Si au sein d'un même parti, des voix divergentes s'élèvent parfois, elles sont souvent noyées dans l'océan majoritaire.
A l'UMP
La position dominante du parti établit la répression comme unique solution à la lutte contre le cannabis. Il s'agit tout d'abord d'une ligne de conduite: le cannabis est une drogue, comme toutes les drogues le cannabis est illégal, à ce titre il faut punir les consommateurs avec toute la sévérité nécessaire. S'y ajoute un devoir moral: les principaux utilisateurs sont les jeunes Français et ils le sont de plus en plus tôt. Au vu des dégâts cérébraux et sociaux que le cannabis peut provoquer, il faut par tous les moyens empêcher les plus jeunes de tomber dans ce piège. Un autre argument s'oppose directement à un argument de la gauche: ce n'est pas parce que la répression fonctionne mal qu'il faut automatiquement imaginer un assouplissement de la loi.
Les partisans les plus engagés de cette ligne ont élevé la voix ce lundi, Jean-François Copé et François Baroin, soutien de Fillon, en tête. Pour eux, il n'y a pas de discussion possible sur ce sujet. Ils sont rejoints par Rachida Dati, maire du 7 arrondissement parisien, Xavier Bertrand ou encore Claude Guéant.
L'UMP n'ayant pas établi de ligne officielle (elle le sera peut-être avec l'élection du prochain secrétaire général), certains osent se démarquer, dont Jean-Pierre Raffarin. L'ancien Premier ministre, même s'il s'oppose à la légalisation, peut comprendre "qu'il y ait débat". Sa position est partagée par Chantale Jouanno, sénatrice de Paris.
Au centre
Jusqu'à présent, l'UDI n'a pas réagi à la polémique Peillon, mais Jean-Louis Borloo s'était déclaré contre la dépénalisation en 2011. Quant au Modem, son président François Bayrou a vertement critiqué l'initiative du ministre de l'Education nationale, au vu de ses responsabilités envers les professeurs, éducateurs, et bien sûr les élèves. Mais il ne semble pas contre l'ouverture d'un débat.
Au PS
Les courants disparates sont plus communs à gauche, où s'affrontent plusieurs tendance. Au sein même du PS, une forte majorité souhaite ardemment l'instauration d'un débat sur la dépénalisation du cannabis: le principal argument est l'inefficacité du système répressif, qui ne parvient pas à faire baisser le nombre de consommateurs ni à lutter efficacement contre le trafic. Il faut donc trouver d'autres solutions, parmi lesquelles la dépénalisation -c'est-à-dire légaliser la possession de cannabis en petite quantité.
En 2009, Daniel Vaillant avait lancé l'idée d'une "réglementation contrôlé", une idée reprise dans son rapport en 2011. Plus récemment, il s'est prononcé en faveur du cannabis thérapeutique. S'il est l'un des seuls à assumer de telles positions, nombreux sont les socialistes à appeler de leurs voeux l'ouverture du débat, même s'ils sont parfois contre la dépénalisation: Anne Hidalgo et Marylise Lebranchu compte de ceux là. La ministre de la Fonction publique s'était d'ailleurs prononcée pour un débat sur le cannabis dès 2002.
Et puis il y a ceux qui sont contre, tout simplement. Parmi eux Manuel Valls, qui pendant la primaire s'était très clairement positionné contre la dépénalisation. Bruno Le Roux adopte la même voix ferme. Au PS, le cas le plus intéressant est celui de Jean-Marc Ayrault. Avant de devenir le chef du gouvernement, il reconnaissait que le PS n'avait pas tranché sa position sur ce sujet, laissant ainsi la possibilité au débat de s'épanouir. Depuis la victoire de François Hollande, il suit la position du président: il n'y aura pas de dépénalisation du cannabis.
Chez les écolos
Depuis longtemps les écologistes sont favorables à la dépénalisation. Récemment, Cécile Duflot s'était exprimé sur ce sujet avant de se faire remonter les bretelles par Jean-Marc Ayrault -à l'époque elle était toujours secrétaire générale d'EELV. Mais d'autres n'hésitent pas à aller plus loin. La répression ne suffitant plus pour endiguer le trafic et ses ravages, ils proposent donc de réglementer la vente pour pouvoir la contrôler, soit la légalisation. de cette façon, l'Etat controlerait la production et l avente, pourrait interdire la concommation au mineurs et toucherait des taxes sur le produit.
Ce lundi, Denis Baupin, Yves Contassot et Noël Mamère ont soutenu l'initiative de Vincent Peillon, rappelant qu'il était possible de contrôler le marché; à l'image d'autres "drogues" comme le tabac et l'alcool. Pour eux, la prohibition est un échec.
Un constat partagé par Stéphane Gatignon, maire EELV de Sevran. Il s'était prononcé en faveur de la légalisation en 2010, alors que sa ville était gangrénée de toutes parts par le trafic de drogue.
