En ces temps de disette budgétaire, l'armée française avait prévu fin 2013 de se serrer le ceinturon. Oui mais voilà, les conquêtes de l'organisation de l'Etat islamique, les attentats de Charlie Hebdo ou encore la crise ukrainienne sont passés par là. En langage militaire, on observe pudiquement que la France "a changé de paradigme sur la menace et la sécurité du pays". Et Jean-Yves Le Drian a été invité à revoir sa copie. C'est donc une "actualisation" de la loi de programmation militaire (LPM), qui prévoit les orientations stratégiques et budgétaires de la Défense de 2014 à 2019, qui a été présentée ce mercredi en Conseil des ministres.
Sur cette période, 162,4 milliards d'euros, soit 3,8 milliards de plus que prévu initialement, seront affectés à la Défense. Bonne surprise pour les armées: sur ce montant, 161,4 milliards proviendront de crédits budgétaires sonnants et trébuchants et 0,93 milliard à peine de "ressources de cessions". A l'origine, le gouvernement prévoyait 6,1 milliards de ces recettes exceptionnelles, mais hypothétiques, issues de la vente de terrains militaires ou de fréquences hertziennes de très haut débit.
Les forces opérationnelles terrestres portées à 77 000 hommes
A quoi va servir cet argent? Tout d'abord, à déployer de façon permanente sur le territoire national 7000 hommes des forces terrestres et à monter à 10 000 hommes pendant un mois en cas de coup dur. Une suite logique des événements de janvier, qui coûte la bagatelle de 2,8 milliards d'euros, pour protéger les sites sensibles comme les bâtiments religieux mais aussi les aéroports, les ports... Est également prise en compte, précise l'armée, "l'émergence des menaces représentées par les drones sur le territoire national". Pour cela, les effectifs de la force opérationnelle terrestre atteindront 77 000 hommes, au lieu des 66 000 prévus dans la LPM initiale. De quoi soulager un peu les unités, aujourd'hui très sollicitées, à la fois sur les terrains extérieurs et intérieur. "Les unités n'ont plus le temps de s'entraîner. A ce rythme, on allait vers une déstructuration des forces opérationnelles françaises d'ici deux ans", glisse-t-on, alarmiste, dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian.
Un coup de pouce qui ne veut pas dire que le nombre de militaires va augmenter pour autant. La LPM nouvelle version permet simplement une "moindre déflation" des effectifs. En clair: au lieu de liquider 33 675 équivalents temps plein, le gouvernement ne prévoit d'en supprimer "que" 14 925. 18 750 postes sont donc sauvés, au profit notamment du renseignement et de la cyberdéfense qui bénéficieront respectivement de 650 et de 518 personnes en plus.
1,5 milliard d'euros pour de nouveaux armements
Outre l'humain, le matériel, vieillissant, bénéficiera aussi des crédits supplémentaires. Si 500 millions d'euros serviront à régénérer des matériels soumis à de fortes pressions en opérations extérieures, 1,5 milliard d'euro vont permettre d'acquérir de nouveaux armements (dont 1 milliard grâce à l'évolution positive des indices économiques). Parmi les priorités: sept Tigre et une augmentation de la cadence de livraison des NH90/TTH. C'est-à-dire davantage d'hélicoptères que l'armée considère indispensables pour les opérations dans la zone sahélo-saharienne. L'armée souhaite aussi avancer la livraison d'avions ravitailleurs MRTT, talon d'Achille de l'armée française, alors que le risque d'un arrêt brutal de la flotte actuelle de C135 existe. La moyenne d'âge de ces avions, incontournables lors d'une opération aéroterrestre, est en effet de 51 ans!
Plus de moyens de renseignement
Pour améliorer le transport de troupes, l'armée envisage l'acquisition de 4 avions tactiques Hercules et l'armement de deux d'entre eux pour les forces spéciales. La France entend aussi acquérir un troisième satellite CSO, en coopération avec l'Allemagne. "Nous n'avons jamais assez d'images", glisse-t-on à l'hôtel de Brienne. Mais comme celles-ci ne suffisent pas, il est prévu de doter les drones Reaper de charges d'écoutes électromagnétiques. Les militaires pourront tendre leurs oreilles, et non plus utiliser leurs simples yeux, au-dessus des groupes terroristes. Mais même avec cet effort budgétaire consenti par Bercy, le ministère de la Défense prévient: "Quand on voit l'engagement de nos forces, on reste hyper serré..." Un effort syndical donc, au vu du contexte géopolitique. Et pas isolé. Entre 2013 et 2014, onze pays de l'Union européenne ont augmenté leur budget de Défense.
