Le feuilleton autour des rumeurs sur la vie conjugale du couple présidentiel semble toucher à sa fin. Pourquoi tout ce bruit? Si l'on en croit Nicolas Sarkozy, la réponse se trouve du côté d'Internet.Le Figaro, dans son édition de vendredi, rapporte que Nicolas Sarkozy ne tient pas les journalistes responsables du "climat délétère". Le président attaque en revanche le Web, "où se recyclent sans cesse les bruits et les on-dit" et qui "nuit au métier des journalistes", note le journal.

Internet est-il, encore une fois, le grand coupable? Certes, la rumeur s'est propagée sur la Toile dès la mi-février. Et le billet de blog hébérgé par leJDD.fr a mis le feu au poudre dans la presse internationale - dont on ne peut occulter le rôle: elle a aussitôt, sans le moindre travail de vérification, colporté les ragots.

C'est ce que décrit le journaliste politique Alain Duhamel: "Les journaux étrangers sont délibérément hypocrites, explique-t-il lors du face à face RTL du 8 avril. Ils feignent régulièrement de prendre ce qu'il y a sur le Net, alors habillé de JDD, de Nouvel Obs ou de tout ce qu'on veut, et ils en font quasiment une preuve". Selon lui, ces rumeurs sur les gouvernants ne sont pas nouvelles. Internet n'est qu'un puissant levier: "Ce qui est nouveau, c'est l'accélération gigantesque et l'amplification à travers Internet."

Tout le monde n'est pas aussi tendre envers le Web et les journalistes qui l'utilisent. On se souvient de Carla Bruni-Sarkozy leur jetant l'anathème dans un entretien à Paris-Match: "Je méprise aussi les soi-disant journalistes qui se servent des blogs comme d'une source crédible. Le fait qu'ils reprennent et propagent une rumeur sans fondement, répandue par une source anonyme, me semble être une dérive pour la démocratie et une mise en péril des lettres de noblesse d'un métier dont le sens même est l'intégrité de l'information."

Des journalistes sans déontologie ni morale qui ne prennent pas la peine de vérifier leurs sources? D'autre le disent autrement. S'exprimant sur la rumeur élyséenne et la responsabilité du Web, Christophe Barbier porte d'abord sur la question un jugement définitif: "Il y a une vraie différence entre Internet et le média, ça s'appelle le travail tout simplement, commente-t-il sur LCI le 6 avril dernier. Sur Internet, on ne travaille pas, quand on est dans un vrai média, on travaille."

Fliquer les journalistes

Internet n'est donc pas un vrai média. Est-ce à dire que les journalistes qui travaillent sur le Web ne sont pas de vrais journalistes? Interrogé par l'équipe de LEXPRESS.fr, le directeur de la rédaction de L'Express a entre-temps précisé sa pensée: "Retwitter, et plus largement relayer, une 'information' sans la vérifier, ce n'est pas du travail. Sur Internet, c'est souvent le cas. Mais un journaliste qui fait son travail, recoupe, vérifie, ne prend pas pour argent comptant ce qui circule sur le Web, est évidemment un vrai journaliste".

Guy Birenbaum souligne de son côté les difficultés à, précisément, vérifier la masse de ces informations. Dans sa chronique C'est pas très Net sur Europe 1, il propose une recette miracle qui aurait fait ses preuves outre-atlantique: une agence de "fact-checking". Grosso modo, de supers journalistes payés pour vérifier la véracité des informations de leurs confrères. Pourquoi n'y a-t-on pas pensé plus tôt?

Dernière idée, plus répressive, suggérée par la secrétaire d'Etat à la famille Nadine Morano: créer une "police internationale du Net". Nulle doute qu'elle achèvera de tordre le cou à toutes les méchantes rumeurs. Mais à quel prix?