Après la victoire du non au référendum de 1969 et le retrait de De Gaulle, Georges Pompidou, qui avait été son Premier ministre jusqu'en 1968, se présente en 1969 contre l'avis du Général et remporte haut la main la présidentielle face au président centriste du Sénat, Alain Poher. Ses 100 jours seront marqués par la dévaluation, des mesures sociales et, surtout, par un changement de style à la tête de l'État.

La Une de L'Express du 16 juin 1969: le Président Georges Pompidou

La Une de L'Express du 16 juin 1969: le Président Georges Pompidou

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Le Président: le 16 juin 1969

Pour le moment, il n'en finit plus de s'interroger: peut-on succéder à l'Empereur sans être Louis XVIII? Comment gouverner, le général de Gaulle étant encore là? M. Georges Pompidou a reçu, au soir de son élection, une première assurance avec ce message du Général: "Pour toutes raisons nationales et personnelles, je vous adresse mes bien cordiales félicitations." Sa présence pèsera lourd. Elle est inscrite dans cet Élysée où, depuis onze ans, il jouait avec la France à coups de discours épiques et de bons mots gouailleurs. [...]

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Mais ce que M. Pompidou, homme de 58 ans, comprend moins, c'est à quel point les jeunes Français ont besoin de mythes. Ils veulent trouver des raisons à leur existence. De Gaulle les nourrissait quelque peu avec des mots et des gestes. M. Pompidou sait qu'il ne peut dire ni faire les mêmes. Pourtant si, par manque d'imagination, il ne leur fournit pas une image d'eux-mêmes capable de les arracher à leur mélancolie, alors, un jour ou l'autre, ils repartiront à la recherche d'un autre héros ou d'un veau d'or idéologique. Désormais, M. Georges Pompidou est au pouvoir. Il lui reste à démontrer que l'imagination y est arrivée avec lui.

Par Georges Suffert

La Une de L'Express du 23 juin 1969: le premier test pour le Président Georges Pompidou

La Une de L'Express du 23 juin 1969: le premier test pour le Président Georges Pompidou

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Le style Pompidou: le 30 juin 1969

M.Pompidou à sa manière ne bouleverse pas, mais il jalonne son chemin de flèches qui semblent confirmer la volonté de changement déjà inscrite dans la composition du gouvernement. Le monde politique jusqu'à présent les suit : le ministère dirigé par M. Chaban-Delmas est pour la première fois dans l'histoire de la Ve République un vrai gouvernement de coalition. [...] M. Pompidou ne craint pas de faire des gestes. Il a, par exemple, allégé le formidable dispositif de sécurité qui, sous le général de Gaulle, veillait autour de l'Elysée. Il a dit et répété au préfet de police : "Je ne veux pas qu'on ennuie les Parisiens à cause de moi." En ajoutant, afin d'expliquer son aversion pour les barrages de police : "Je n'aime pas me sentir seul." A des amis, il a confié : "S'il faut que je passe sept ans de ma vie à l'Elysée, je vais essayer d'y être un Français comme les autres." Tous ces signes pris ensemble, et ils doivent l'être, puisqu'ils sont évidemment concertés, forment un style.

Par Jean-Jacques Faust

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La une de L'Express du 18 août 1969 avec Valéry Giscard d'Estaing, ministre de l'Économie et des Finances.

La une de L'Express du 18 août 1969 avec Valéry Giscard d'Estaing, ministre de l'Économie et des Finances.

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Surtout pas d'esclandre avec M. Debré: le 4 août 1969

Quand le président de la République se fait photographier en espadrilles et portant un parasol, c'est un acte politique. Il signifie que Paris ne brûle pas, que les Français ont le droit d'être en vacances et que la seule "ardente obligation" qu'ils aient à respecter est de travailler à la rentrée. Quand le gouvernement fait publier par le commissariat général au Plan un rapport sur la politique industrielle démontrant que la France, pour devenir un véritable pays moderne, doit bouleverser son système d'éducation, sa politique de recherche scientifique, la gestion de ses entreprises nationalisées ainsi que son système agricole et ses règles de sécurité sociale, c'est encore un acte politique. Il indique qu'un effort massif, conscient et collectif doit être entrepris en quelques courtes années. C'est ce cocktail de tranquillisants à court terme et de vérité sur l'avenir qui caractérise, aujourd'hui, l'action du gouvernement.

Par Marc Ullmann

La Une de L'Express du 8 septembre 1969: la bataille du Franc Pompidou

La Une de L'Express du 8 septembre 1969: la bataille du Franc Pompidou

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La bataille du Franc Pompidou: le 8 septembre 1969

La France, dit-il, est un petit pays qui a joué un grand rôle parce que de Gaulle était là. L'audience internationale de la France tenait tout entière au prestige formidable de l'ancien chef de l'Etat. C'est une époque terminée. La France, désormais, sera respectée à la mesure de sa puissance industrielle et de sa santé. Il faut que ce pays se décide à vivre selon ses moyens. [...] Quelques-uns mâchonnaient, avant d'arriver à l'Elysée, de petites rancunes, de petits projets. Ils commencent alors, rapportera l'un d'eux, de les oublier. "La trahison de Georges Pompidou", "l'abandon du gaullisme", tout ce qui se chuchote, se grignote et se "litote" dans les salons, les couloirs de train et les bistrots, pour le moment, tout est écarté. M. Pompidou est encore le grand prêtre de la religion.

Par Georges Suffert