Il change de méthode, mais non d'objectif. Depuis 2005, avec acharnement, Georges Frêche, président (ex-PS) de la communauté d'ag-glomération de Montpellier et de la région Languedoc-Roussillon, cherche à réaliser son ultime grand dessein : la création d'un ensemble multipolaire de 1 million d'habitants - rien de moins. Son idée : articuler autour de la capitale de la région les villes de Sète, de Nîmes et d'Alès.
Sa hantise : la menace d'« écrasement » de Montpellier (460 000 habitants dans le bassin de vie) par Toulouse (960 000), Marseille (1,52 million) ou Lyon (1,65 million), sans même parler de Barcelone (3,8 millions). Sa réponse : la création d'une communauté urbaine dotée de la « taille critique nécessaire ».
Il en est convaincu : « dans les têtes, les faits, les déplacements », cette communauté existe déjà. Problème : sur le terrain institutionnel, l'affaire s'est embourbée dès la première étape. La fusion des agglomérations de Montpellier et de Sète, appelée à déboucher sur une « super-agglo » de 45 communes peuplée de près de 500 000 habitants, a fait l'objet d'un coup d'arrêt inattendu.
Frêche avait créé la surprise en amenant à ses vues François Commeinhes, maire (UMP) et alors patron de la communauté d'agglomération de Sète et du bassin de Thau. Mais les ambitions conquérantes de ce duo, comme sa précipitation, ont affolé les petits maires, qui ont craint d'être dépouillés de leurs prérogatives. Le score final a été très serré : 17 voix pour, 17 voix contre. Un vote contraignant le préfet à repousser le projet.
Moins facile avec un partenaire socialiste
Qu'à cela ne tienne : au lendemain des municipales, Georges Frêche a relancé son idée. Freinant son tropisme pour le passage en force, il propose aujourd'hui « une discussion calme, qui prendra le temps qu'il faudra ». Avec la communauté de Sète et du bassin de Thau, bien sûr, mais aussi avec cinq autres communautés de communes autour de Montpellier.
Las ! du côté de Sète, l'horizon s'est encore obscurci. Le complice de Frêche, Commeinhes, a dû céder la tête de l'agglomération au maire de Frontignan, le socialiste Pierre Bouldoire. Un homme indocile qui affiche aujourd'hui une grande défiance à l'égard de Frêche : « C'est un émetteur d'idées d'une force incontestable. Il engendre des enfants, mais après il les bouffe... » Autant dire que le grand dessein de l'exclu du PS ne l'enthousiasme pas. « La fusion, déclare-t-il, n'est pas à l'ordre du jour de nos travaux. »
Frêche cherche à faire plier Bouldoire à sa manière, qui associe la carotte - « S'il veut devenir député, il a besoin de moi » - et le bâton : la menace de gel de trois projets de la région concernant Frontignan. Ce n'est pas à près de 70 ans qu'il changera.