Il y a les "notables", les "trublions" et les "filous". Mais le journaliste Jacques Molénat est trop fin pour préciser qui est qui ! Au soir de sa carrière, notre ancien collaborateur s'est offert le plaisir de croquer ces grands acteurs du mundillo politique et économique de Languedoc-Roussillon, qu'il a passé sa vie à observer et à taquiner.

Tous se meuvent dans l'ombre de "l'Imperator" Georges Frêche, inamovible maire de Montpellier de 1977 à 2004 et président du conseil régional, de 2004 à son décès, en 2010. Ce "titan admiré et détesté", séducteur en diable, grand érudit "au verbe torrentiel et pittoresque", ex-maoïste adepte de la terreur. Dans l'orbite du Roi-Soleil de la Septimanie, on (re)découvre avec délice ses seconds couteaux (le "manoeuvrier" Navarro, le "bagarreur" Bourquin...), mais aussi quelques maires de droite (le "rugueux" Fournier, la "guerrière" Barèges...) ou des personnages à part, tel Louis Nicollin, "le dinosaure qui surjoue la truculence".

Mais ce sont bien sûr les portraits de Philippe Saurel, omniprésent maire de Montpellier, et de Robert Ménard, son homologue de Béziers, qui retiendront le plus l'attention. Le premier s'est imposé comme l'héritier de Frêche à la faveur d'un hold-up inégalé : jamais un homme n'était parvenu à ravir une métropole en dehors de tout parti politique. "S'il est élu un jour, il surveillera tout... y compris la couleur du papier-cul", avait prédit Frêche.

Le décryptage du parcours vertigineux de Robert Ménard, du trotskisme à la droite radicale et identitaire, est d'autant plus intéressant que l'auteur l'a côtoyé depuis qu'ils ont cofondé Reporters sans frontières (RSF), en 1985, avec deux autres comparses. Aussi "roublard que péremptoire", Ménard est mis à nu avec précision et finesse. Instructif.