"Moi, président, je ne ferai pas grand-chose. Je me contenterai de gérer la France en père de famille, d'attendre la croissance, assis sur mon séant, de multiplier les pactes à la rhétorique entraînante. Je ne toucherai à aucun privilège de l'économie privée comme de l'économie publique, j'augmenterai scrupuleusement l'impôt pour ne pas stigmatiser les dépensiers, je ne chercherai pas à submerger mes adversaires politiques par ma hardiesse et mon courage, mais je me contenterai de les laisser s'effondrer l'un après l'autre, victimes de leurs "affaires".
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Puis quand viendra le temps de la réélection, je repasserai d'un cil, faute d'adversaire et parce que les Français aiment le changement sans que rien ne bouge. Je n'aurai pas de vision de la France à vingt ans, c'est trop loin, et d'ici là son appauvrissement l'aura exclue du G 8. Je n'aurai pas d'autre conviction que de persévérer dans une fonction où j'ai atterri par une jolie construction du hasard."
Le plus grand désamour de l'histoire de la Ve République
Ainsi pourrait être récrite la profession de foi du candidat Hollande par ceux qui déclarent ne plus lui faire confiance. Ils sont près de 4 électeurs sur 5 selon des sondages qui sont à la démocratie ce que le thermomètre est aux fiévreux. Le plus grand désamour de l'histoire de la Ve République s'écrit sous nos yeux.
Mais on n'imagine pas que l'homme en soit profondément affecté. Bien sûr, l'orgueil est un corollaire de l'ambition qu'il conserve malgré l'opinion désastreuse qu'ont les Français de lui. Mais il a probablement analysé la chose. Les gens de droite ne l'aiment pas parce qu'il n'est pas de droite au sens où ils l'entendent. Ceux de gauche lui en veulent de ne pas être vraiment de gauche. Les centristes, après qu'il les eut toisés en méprisant Bayrou, qui s'était rallié à lui, sont désormais à droite. Dans ce contexte, on en vient à se dire que 18 % d'opinions favorables, ce n'est finalement pas si mal.
François Hollande a un maître en politique dont l'ombre se profile derrière chacun de ses actes. Mitterrand l'inspire et on le sent poindre comme sa référence absolue. Mitterrand ne paniquait jamais. Hollande non plus. Mais Mitterrand savait placer auprès de lui ses ennemis les plus considérables pour mieux les contrôler. Hollande y répugne visiblement. S'il savait laisser du temps au temps, Mitterrand décidait. Hollande donne le sentiment de longuement tergiverser.
Sa principale force politique: son honnêteté
Mitterrand était sans pitié pour ses adversaires. Il semble que Hollande n'en ait pas plus. Mitterrand incarnait une époque où la gauche avait son lot de personnages troubles et intéressés protégés par ce prince peu regardant. Le temps a eu raison de ces prévaricateurs déguisés en humanistes. On croit Hollande honnête homme, il l'est. Il n'est pas au pouvoir pour y faire fortune, comme certains désespérés de la conviction politique qui se consolent de ne rien pouvoir faire pour le pays en faisant beaucoup pour eux-mêmes.
Et il compte apparemment beaucoup sur la seconde moitié de son quinquennat pour que les affaires judiciaires de son principal opposant ruinent sa réputation. Il en suit les méandres avec soin, avec une surveillance particulière pourtant officiellement niée. Il a fait de son honnêteté sa principale force politique, mais un tel crédit s'épuise vite avec les Français, qui pardonnent assez facilement au tricheur pourvu qu'il soit efficace.
Se dire socialiste n'est pas chose facile aujourd'hui. La socialisation des moyens de production, les nationalisations ont été rangées au musée des curiosités depuis la chute du mur de Berlin. Un seul système a survécu, largement fondé sur l'avidité à consommer. La recherche du moindre coût et, il faut aussi bien le dire, du moindre prix pour le consommateur final a conduit à délocaliser en favorisant un chômage endémique aggravé par un tissu économique rigide et obsolète plombé par un secteur public inadapté.
L'heure n'est pas aux ambitions collectives
Alors, dans ce contexte, être socialiste, c'est finalement se satisfaire de corriger les excès d'un système dont on ne conteste pas l'essence. Pourtant ce système unique et mondial, on commence à savoir qu'il nous conduit dans une impasse, que ce soit en termes de répartition des richesses ou d'écologie planétaire. Hollande est trop fin pour ne pas le savoir. Comme il sait que l'impuissance publique va croissant et qu'on peut bien réglementer comme des forcenés dans nos assemblées, le pouvoir, le vrai pouvoir, est ailleurs, insaisissable.
Mais il sait surtout que la mentalité française est un hybride singulier, fait de goût pour le confort et de dédain pour la richesse, d'un attachement viscéral aux privilèges qui n'a d'égal que la force employée pour les fustiger. Nos concitoyens contestent la mondialisation mais ne se sentent de disposition pour aucune alternative qui conduirait à reprendre un peu du pouvoir perdu.
D'autant que l'heure n'est pas aux ambitions collectives. Le chacun pour soi protégé par l'Etat est la règle. Les jeunes paient de leur précarité une dette gonflée par les avantages que les générations d'après-guerre se sont octroyés. Avec une croissance moribonde, la période est rude pour un président qui exerce dans le cadre d'une Constitution obsolète. C'est ce que semblent dire les sondages. En attribuant 58% d'opinions favorables à son Premier ministre, qui n'a rien fait de plus que lui, pour l'heure, ils insinuent qu'il est de trop, que ce tandem constitutionnel est dépassé.
Il aime séduire, et pas n'importe qui
Il se dit que François Hollande ne lit pas de romans. On ne s'en étonnera guère, il n'est pas l'homme de l'imagination ni de la reconstruction d'un monde. Il se sent juste responsable d'insuffler un peu plus de justice sociale dans un univers dont il ne conteste pas la réalité. Dans l'ambition qui l'a amené là, on lit beaucoup de sa relation avec son père, en particulier dans ce besoin d'être nommé, d'exister dans le regard de ses contemporains, hommes ou femmes. Il aime séduire, et pas n'importe qui.
Les femmes qui ont été les siennes ou qu'on lui prête ont en commun d'être plutôt belles et d'avoir une forte personnalité, une façon de se fixer des objectifs ambitieux. Mais sans doute à cause de son apparente bonhomie, de sa simplicité, de son humour s'imaginent-elles prendre l'ascendant sur lui. Jusqu'à l'éloigner de ses enfants en attaquant leur mère. Ce serait mal connaître ce solitaire qui, chose rare en politique, a le sens de l'amitié sans y greffer le trouble dont Mitterrand son mentor abusait.
François Hollande voulait être un président normal. Il l'est. Plus que sa charge de roi élu, devenue soudain obsolète.