Depuis les municipales, la gauche a changé de visage et ce n'est pas seulement parce que toute une génération écolo, du vert vif au vert tendre, est sortie de la marginalité. Dans ce processus de renouveau qui reste pour l'instant plus brouillon que profond - mais c'est souvent comme ça, au début -, les socialistes ont également leur part, étrange au demeurant. Sur le papier, ils s'en sortent plutôt bien. Leurs maires sortants ont souvent fait mieux que sauver les meubles. En nombre d'élus, ils dominent dans leur camp de manière éclatante. Mais comment ne pas sentir qu'à l'occasion de cette élection, il s'est passé quelque chose qui, à gauche, engage l'avenir en faisant bouger les lignes autrement qu'à la marge et en modifiant surtout en son sein les dynamiques qu'on pouvait croire établies pour longtemps ?
Pour le dire sans détour, le 28 juin dernier, le PS, bien que sauvé des eaux, a pris un sacré coup de vieux. En 2017, coincé entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, il avait pris un premier coup, derrière la tête celui-là, qui engageait, croyait-on, son pronostic vital. Cette fois-ci, c'est différent et sans doute plus sérieux, à terme. Il n'y a rien d'accidentel ou même de conjoncturel dans ce qui vient de se passer. Simplement, une page qui se tourne, doucement, sans violence excessive, avec cette forme d'évidence tranquille qu'ont toujours les mouvements de relève. Pour les partis aussi, l'heure de la retraite finit toujours par sonner. Le PS d'Epinay se prépare à prendre la sienne à l'approche de la cinquantaine. Comme les douaniers d'autrefois...
Un épuisement psychologique et politique
Les premiers touchés, par ricochet, sont ceux qui ont incarné au niveau national la domination socialiste et qui, à un titre ou un autre, pouvaient imaginer la rétablir demain. Pour Hollande, Cazeneuve et d'autres encore d'un moindre calibre genre Vallaud-Belkacem, c'est vraiment fini. On l'avait hier deviné, on le sait désormais avec certitude : ceux-là ne reviendront jamais pour la simple raison que le rôle auquel ils pouvaient aspirer a disparu du répertoire. Royal ne l'a pas encore compris mais cela ne change rien à l'affaire. Ses multiples offres de service ne recueillent que des silences navrés ou goguenards. Au sens propre du terme, la voilà hors-jeu, à son tour.
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Plus significatif encore de cet épuisement aussi psychologique que politique est l'attitude des maires socialistes, élus ou réélus, qui, quel que soit leur parcours et leur pedigree, n'imaginent pas un seul instant que leur expérience locale puisse être le laboratoire de politiques nationales. Pour nombre de leurs aînés, c'était pourtant là une évidence doublée d'une tentation constante.
Ces barons de province avaient toujours Paris en ligne de mire. Ce qui reste du vivier socialiste préfère aujourd'hui se tenir à l'écart de la capitale, non par crainte de prendre des coups inutiles ou par lassitude devant des débats jugés stériles mais tout simplement parce qu'il juge avoir mieux à faire, localement, à demeure, là où son pouvoir est entier, même s'il n'est pas immense.
La double casquette de prétendu capitaine et d'assassin affiché
Dans ce contexte, Olivier Faure dit l'évidence lorsqu'il reconnaît que pour le rendez-vous décisif de 2022, son parti n'est pas en mesure de présenter un candidat ou une candidate qui ait la moindre chance, sinon de l'emporter, du moins de figurer dignement. Le problème - si problème, il y a - est qu'à partir de ce simple constat, le premier secrétaire du PS construit une ligne politique qui offre un rôle pivot au partenaire écolo, sans vraies contreparties.
La difficulté - qui, elle, est indéniable - est qu'en pratique, il organise ainsi l'euthanasie d'un parti qu'il est censé diriger. Evidemment, cette double casquette de prétendu capitaine et d'assassin affiché le place, parmi les siens, dans une situation impossible dont on voit mal comment elle peut être durable.
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Au PS, où on a encore un peu de mémoire, nul n'ignore que les communistes ont signé leur perte le jour où ils se sont effacés devant Mitterrand lors de la présidentielle de 1965, montrant ainsi que pour cette élection, passer son tour c'est disparaître pour toujours. Cela dit, les mêmes savent aussi que la vieille SFIO et son dernier trésor, c'est-à-dire son réseau d'élus, se sont sauvés en rejoignant, un jour, un ensemble plus large, ouvert à d'autres composantes de la gauche dont Mitterrand - encore lui - était le porte-drapeau et donc le candidat naturel à la présidentielle.
Sans doute est-ce pour l'instant la vraie limite de la stratégie Faure. Le premier secrétaire est un enfant de Mollet qui n'a pas de Mitterrand crédible sous la main et qui, d'ailleurs, ne fait même pas semblant de le chercher. En ce sens, c'est un liquidateur par abstention. Le rôle n'est pas glorieux, il n'est pas forcément inutile.
