À moins d'un mois des élections européennes, certains partis n'ont pas encore dévoilé leur programme. Il en va ainsi de l'alliance La République en Marche-MoDem-Agir constituée au sein d'une liste nommée "Renaissance". À l'origine pourtant, les propositions devaient être formulées mi-avril, avant d'être reportées au 25 du même mois. Mais finalement après avoir été à nouveau ajournée, la présentation officielle aura lieu le 9 mai, soit seulement 17 jours avant le scrutin du 26.
Dans les rangs macronistes, on fait valoir une date symbolique correspondant à la "journée de l'Europe". Mais dans les faits, l'absence de programme tangible interroge alors que le parti s'est toujours posé en défenseur de la construction européenne.
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L'opposition n'a en tout cas pas hésité à se saisir de cette présentation tardive. Dans une tribune publiée ce jeudi par Les Echos, François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains (LR) a ainsi dénoncé "un vrai problème démocratique". "S'agit-il d'une ambiguïté voulue", s'est-il interrogé, ajoutant que "cette absence de programme semble témoigner d'une impréparation préoccupante, comme le montre le manque de sérieux des rares propositions esquissées."
Emmanuel Macron à la manoeuvre
Une fausse polémique, balaye-t-on au sein de la liste Renaissance. Pour Fabienne Keller, sénatrice du Bas-Rhin et candidate de l'alliance LREM-MoDem-Agir "les grandes lignes sont déjà connues ". "On les retrouve dans la lettre du président de la République aux Européens du mois de mars, et d'autres éléments sont présents dans le discours du chef de l'État à la Sorbonne", fait-elle valoir auprès de L'Express.
Dans son discours prononcé à l'université parisienne en septembre 2017, Emmanuel Macron avait en effet évoqué son projet européen. Il y détaillait ses propositions telles que la création d'un "véritable office européen de l'asile" pour harmoniser les conditions d'accueils des demandeurs d'asile, l'idée d'une taxe carbone aux frontières de l'Europe, une taxation plus efficace des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), ou encore sa volonté d'élargir le dispositif d'échange Erasmus.
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Plus tard, lors de sa lettre aux Européens en date du 4 mars, le président avait enfoncé le clou. Il y développait sa volonté de "remettre à plat l'espace Schengen", d'instaurer "une police des frontières commune et un office européen de l'asile", ou en matière environnementale, de créer une "banque européenne du climat pour financer la transition écologique".
Autant de propositions reprises aujourd'hui par les candidats de l'alliance LREM-MoDem-Agir. D'ailleurs, dans l'attente de la divulgation du programme, cette lettre semble bien servir de pierre angulaire idéologique à Renaissance. Sur son site, elle est ainsi présentée en ces termes : "Notre projet pour l'Europe".
Le choix des progressistes contre les nationalistes
Mais au fond pour LREM, le débat ne se concentre pas tant sur la définition d'un programme clairement établi, que sur l'opposition entre "progressistes" et "nationalistes". Encore une fois, Emmanuel Macron avait donné le ton. "Le repli nationaliste ne propose rien ; c'est un rejet sans projet. Et ce piège menace toute l'Europe : les exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations, promettent tout et son contraire. Face à ces manipulations, nous devons tenir debout. Fiers et lucides", mettait-il ainsi en garde le 4 mars.
Un argumentaire que l'on retrouve encore dans la bouche des candidats de la liste Renaissance. "Le plus important, c'est la philosophie du projet que l'on porte pour l'Europe. Nous avons cette volonté fondamentale de construire un avenir ensemble. D'autres partis veulent au contraire démolir ce qui a été fait. C'est avant tout ce choix-là qu'auront à faire les électeurs", martèle ainsi Fabienne Keller.
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À l'instar d'ailleurs des deux têtes de liste du mouvement, Nathalie Loiseau et Pascal Canfin dans une tribune publiée dans Libération le 3 avril. "La grande question à laquelle les Français, et les Européens, vont répondre est très claire : quelles années 30 voulons-nous ? Les années 1930, où les nationalistes prennent progressivement le contrôle jusqu'à ce que l'Europe se fragmente et que tout finisse mal ? Ou les années 2030, où nous aurons construit une Europe qui lutte efficacement contre le dérèglement climatique, qui aura su faire de sa force commerciale (...) une puissance respectée pour tirer la mondialisation vers le haut", soutenaient-ils.
"Ce qui décide de l'avenir de l'Europe, ce n'est pas la date de publication d'un programme, c'est la défense des valeurs", résume Fabienne Keller.
Une difficulté qui ne semble en tout cas pas uniquement concerner Renaissance. Sur son site "Envie d'Europe", l'alliance Parti socialiste-Place publique-Nouvelle donne, ne présente pas non plus de programme clairement défini. À l'heure actuelle, figure seulement une liste de "10 combats" tels que "faire passer les citoyen.ne.s avant les lobbies" ou "défendre les services publics".