Mitterrand, sors de ce corps. Voire : Mitterrand, quel doux agneau en comparaison... Pendant la campagne, la droite, qui étouffe sous le duopole Macron - Le Pen, se passe le mot. "Le président a fait un choix d'une folie totale ; à côté, le machiavélisme mitterrandien n'est rien, remarquait Laurent Wauquiez. Il organise son suicide politique en entraînant tout le monde dans le volcan."
En meeting, Gérard Larcher jonglait aussi avec le Charentais socialiste et le penseur italien : "N'est pas Machiavel qui veut !" Autrement dit (par Annie Genevard, vice-présidente LR de l'Assemblée) : "Macron est pire que Mitterrand, qui avait le sens de l'Histoire et se montrait parfois troublant de sincérité." Si la droite prend Mitterrand pour un saint (ou presque), c'est que l'heure est grave.
Dans les années 1980, l'extrême droite, incarnée par Le Pen père, était le mal absolu, mais ne constituait pas le moins du monde une force alternative. Le chef de l'Etat socialiste prenait un malin plaisir à jouer avec le feu, sans rien faire au hasard : le 13 février 1984, quelques heures avant que Jean-Marie Le Pen soit invité, pour la première fois, à L'Heure de vérité,le rendez-vous politique incontournable de la télévision, Mitterrand répondait, par lettre, au courrier que le dirigeant du FN lui avait envoyé pour se plaindre de son traitement dans les médias : "Parce que c'est mon devoir, je rappellerai à tous et en toutes circonstances la nécessité de reconnaître les droits de chaque formation politique, notamment son droit d'expression et de représentation."
"Ce n'est pas nous qui avons créé ce clivage"
Macron agit, lui, à visage découvert. A-t-il, en 2017, délibérément fait exploser l'ancien clivage droite-gauche ou a-t-il seulement profité de l'usure des deux partis de gouvernement que furent le PS et LR ? Qui est arrivé en premier, l'oeuf ou la poule ? En 2019, il n'y a plus de place pour le doute. Macron n'a de cesse de désigner le RN comme son principal, son unique adversaire. "Nous sommes les seuls à pouvoir battre l'extrême droite, les seuls et les derniers", constate, au lendemain des européennes, le secrétaire d'Etat Julien Denormandie. Mais ce n'est pas nous qui avons créé ce clivage. En 2017, il y avait déjà cette cocotte-minute, nous l'avons ouverte."
Et comme le monde marche à l'envers, c'est l'ami d'Emmanuel Macron, l'ex-socialiste Richard Ferrand, qui charge Mitterrand : "A l'époque, chacun découvrait la com' politique !" Le président de l'Assemblée nationale reconnaît de la duplicité chez l'ancien chef de l'Etat, mais seulement de la "sincérité" chez l'actuel : "On gagne à nommer son adversaire. On dit que Macron dramatise ; attention, c'est la situation qui peut devenir dramatique. Ce n'est pas Tchernobyl, le populisme ne va pas s'arrêter à la frontière française."
