Une victoire historique, en attendant d'autres ? Les écologistes ont volé de succès en succès dimanche au second tour des élections municipales. Un an après la performance des européennes, EELV s'apprête à diriger plusieurs grandes villes françaises. Une vague verte a déferlé sur le pays, engloutissant de nombreuses métropoles. A commencer par Lyon : Bruno Bernard s'y est adjugé la métropole, siège du véritable pouvoir, et Grégory Doucet la ville, en battant Yann Cucherat, poulain du maire sortant Gérard Collomb. "C'est historique, sourit l'ancien député-maire écologiste de Bègles, Noël Mamère. Notre génération a été traitée d'utopiste et de Cassandre pendant des années. Voir cette rencontre entre l'écologie et la société est une grande gratification."
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Outre Lyon, les Verts ont conquis Strasbourg, avec Jeanne Barseghian. A Bordeaux, Pierre Hurmic a devancé le maire LR sortant Nicolas Florian, soutenu par LREM. Un séisme après 73 ans d'élections de maires de droite sur les rives de la Garonne. La situation est plus confuse à Marseille où la candidate écologiste Michèle Rubirola, à la tête d'une coalition de gauche, a revendiqué une "victoire relative" après 25 années de règne de la droite. D'autres grandes villes - Grenoble, Besançon, Tours Poitiers, Annecy... - sont tombées dans l'escarcelle des Verts. Longtemps force d'appoint, ils s'affirment comme les premiers à gauche avant les prochaines échéances électorales.
"On peut espérer un remake aux régionales de 2021"
Avec ces victoires, les Verts vont devoir passer des mots aux actes. Leur défi est double : se montrer bons gestionnaires de communes à forts budgets, et tenir leur promesse de transition écologique. "Les écologistes ont vocation à démontrer qu'ils sont capables d'être à la tête d'exécutifs, analyse le député européen EELV David Cormand. On est efficace depuis des années à des postes d'adjoints ou de vice-présidents. L'élection d'Eric Piolle à Grenoble a montré qu'on était en capacité de faire."
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En 2014, la conquête de la ville par une alliance verte-rouge-citoyenne avait marqué un tournant dans l'écologie politique. Suppression de la publicité dans les rues, extensions de la zone piétonne, limitation de la vitesse de circulation automobile à 30 km/h, création de pistes cyclables... Eric Piolle a cherché à mener une révolution écologiste dans sa ville. "Il a joué le rôle d'un laboratoire sur l'accession au pouvoir et la conduite du changement. Et de labo, il est devenu une vitrine", glisse au Monde Julien Bayou, secrétaire national d'EELV.
"Victoire culturelle"
Six ans plus tard, les écologistes sont prudent sur ce concept de "ville laboratoire". "Les habitants ne sont pas des cobayes, tranche David Cormand. Il ne faut pas instrumentaliser la gouvernance de ces communes à des fins présidentielles." Sandra Regol, numéro 2 d'EELV, complète : "Il ne faut pas se tromper d'élection. Les municipales sont des élections locales, qui renvoient à des réalités très différentes." Porte-parole du parti, Eva Sas récuse l'idée de "tremplin". "70% des solutions au dérèglement climatique se trouvent au niveau local. C'est un enjeu en soi."
Malgré ces précautions sémantiques, les écologistes revendiquent une "victoire culturelle". L'addition de succès, mêmes locaux, a une traduction nationale. L'histoire en témoigne. "Ce basculement s'apparente au socialisme municipal de 1977, analyse auprès de L'Express le secrétaire national d'EELV Julien Bayou. Cela avait pavé le chemin vers de nouvelles victoires." Pour le parti, il s'agit d'un point d'étape avant les échéances électorales de 2022. "On y va 'step by step', confirme Noël Mamère. Notre ancrage territorial s'effectue de manière forte, avec des implantations dans des grandes villes, mais aussi de tailles moyennes et de banlieues, comme Colombes. On peut espérer un remake aux régionales de 2021, des élections à deux tours qui facilitent les alliances. Les maîtres du jeu sont aujourd'hui les écologistes."
"On doit montrer qu'on peut faire et que l'on sait faire"
Pour David Cormand, cette "implantation" prépare 2022 en actant la "montée en puissance des écologistes". "L'écologie politique a eu trois temps. Celui des lanceurs d'alerte, comme Brice Lalonde ou René Dumont, qui sont entrés en politique pour mettre cette question dans le débat public. Il y a eu ensuite le temps de la participation dans des exécutifs, avec un rôle de contre-pouvoir interne. Nous entrons dans la troisième phase, celle de la relation complète au pouvoir, sans complexe." Cet exercice du pouvoir sera scruté dans les deux prochaines années. Une bonne gouvernance des communes assoirait la crédibilité d'EELV comme parti de gouvernement. "Notre responsabilité est lourde, confirme Julien Bayou. On doit montrer qu'on peut faire et que l'on sait faire." "On va être observé, mais on l'attend avec sérénité", abonde Eva Sas.
Au sein d'EELV, l'écologie politique repose sur trois piliers : la protection de l'environnement, la justice sociale et la démocratie. Favorable à la décentralisation, le parti mise sur la démocratie participative et une plus grande implication des citoyens dans l'exercice des responsabilités. A Grenoble, Eric Piolle a mis en place une votation citoyenne, finalement censurée par la justice. A Toulouse, le tirage au sort a été utilisé pour composer la liste conduite par Antoine Maurice.
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Des pratiques dans l'air du temps. La crise des gilets jaunes et l'expérience de la Convention citoyenne sur le climat ont mis en lumière cette aspiration à plus de démocratie directe. "On sent dans la société une envie girondine et d'une démocratie plus proche des gens, glissait la semaine dernière David Cormand. Ce sujet sera au coeur de la présidentielle. Etre en résonance avec cette attente contribuera à nous crédibiliser." La gestion des villes écologistes sera aussi observée à cette aune. Noël Mamère conclut : "On peut parler de répétition générale avant 2022."
