L'échange résume la délicate position d'Agnès Buzyn dans la campagne. A dix jours du premier tour des municipales, les sept prétendants à la mairie de Paris s'affrontaient mercredi sur LCI. Après trois heures de joutes, surgit l'épineux sujet du coronavirus. La capitale est-elle préparée? L'ex-ministre de la Santé met en avant la nécessité "d'anticiper" un passage au stade 3 de l'épidémie. Elle évoque l'instauration rapide du télétravail ou du traitement des eaux. Réplique immédiate d'Anne Hidalgo: "Vous croyez qu'on ne l'a pas fait?" La maire de Paris revient alors sur le départ précipité d'Agnès Buzyn du gouvernement. "Malheureusement, vous n'êtes plus au ministre pour surveiller tout cela (...) Mais pourquoi n'êtes-vous pas restée au ministère de la Santé?" "Parce je veux être maire", rétorque l'intéressée.
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L'ombre du coronavirus plane sur la campagne d'Agnès Buzyn depuis son entrée en lice. En février, le directeur de campagne d'Anne Hidalgo Emmanuel Grégoire avait dénoncé un "abandon de poste" après l'annonce de sa désignation, conséquence de l'affaire Griveaux. Ses adversaires avaient rappelé avec gourmandise que l'ancienne hématologue avait exclu quelques jours plus tôt d'être "candidate aux municipales", évoquant entre autres un "surcroît de travail avec la crise du coronavirus". Une sortie médiatique exhumée mercredi par la maire de Paris.
Crise sanitaire
La situation sanitaire s'est en outre aggravée ces dernières semaines. La France est aujourd'hui l'un des principaux foyers du coronavirus en Europe, avec 423 cas confirmés jeudi soir et sept décès. Les rassemblements de plus de 5000 personnes en milieu clos sont interdits et la population se précipite sur les masques et les gels hydroalcooliques. Il semble "peu probable" que la France échappe au stade 3, le stade épidémique, a reconnu la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.
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Dans ces conditions, les critiques contre Agnès Buzyn ne s'estompent pas. "Emmanuel Macron a été irresponsable de la sortir du gouvernement en pleine crise sanitaire", assure à L'Express Agnès Evren, tête de liste LR dans le 15e arrondissement. Mercredi, Cédric Villani a appelé sur LCI à éviter toute polémique sur le sujet, rendant "hommage à notre service de santé". Mais un de ses proches s'interroge : "Elle ne porte évidemment pas la responsabilité du coronavirus mais elle est partie du ministère à un moment où il était essentiel d'avoir une continuité dans l'exercice de ses missions."
"Beaucoup de choses ont été préparées"
La candidate LREM récuse, elle, tout abandon de poste. "Beaucoup de choses ont été préparées. Le ministre qui me succède est compétent et l'administration gère", glisse-t-elle au Figaro. "La sécurité sanitaire des Français est assurée", insiste sa porte-parole Marie-Laure Harel. Dans l'entourage de la candidate, on veut transformer ce CV en atout. Le député Pierre-Yves Bournazel rappelle le "rôle central" des maires sur les sujets sanitaires en cas de crise. Dans son équipe, on reconnaît toutefois un désagrément. "C'est parfois pénible, car on l'interroge sur Paris mais aussi sur le ministère de la Santé, regrette Marie-Laure Harel. On ne renvoie pas Rachida Dati à son passé de garde des Sceaux." Un proche de Cédric Villani résume : "Elle passe une partie de son temps à se justifier et moins à développer son projet."
Agnès Buzyn a toutefois déjà mis le sujet du coronavirus sur la table. Le 23 février, elle indiquait sur Europe 1 que son ancien ministère n'avait "pas eu de contact avec la mairie de Paris" pour anticiper une éventuelle épidémie. En réponse, Anne Hidalgo avait brandi un courrier adressé au ministère et la réponse rédigée par Buzyn. Dans ce courrier daté du 12 février, la ministre se félicitait alors que la "proposition du principe de précaution" formulée par la maire de Paris soit "en adéquation" avec les recommandations ministérielles. "C'était une faute politique majeure, juge Emmanuel Grégoire. Elle a voulu engager le bras-de-fer, instrumentaliser le sujet et s'est pris les pieds dans le tapis. C'était presque du pain béni pour nous."
"Attaques politiciennes"
Dans l'entourage d'Anne Hidalgo, on assure ne pas vouloir exploiter ce dossier, tout en s'autorisant à répondre aux attaques de l'adversaire. Quitte à en avoir une conception extensive. Pour son équipe, certaines sorties d'Agnès Buzyn sur le coronavirus sont autant de critiques larvées contre la mairie. Le 1er mars, elle affirmait sur BFMTV savoir "exactement" les mesures à prendre en cas d''épidémie. "Quand on a abandonné son poste alors que l'épidémie était annoncée, on se fait discrète. Ou au moins modeste", a aussitôt réagi sur Twitter l'actuel adjoint en charge du Logement, Ian Brossat. "Des attaques politiciennes", répond Pierre-Yves Bournazel.
Cette configuration politique a un effet collatéral. Agnès Buzyn est soupçonnée d'être une "candidate sur instruction du président", comme l'estime Agnès Evren. Son départ précipité du ministère en pleine crise en serait la preuve. La candidate est donc fréquemment sommée de rappeler son désir d'être candidate. "Ça fait longtemps que je pense à ce mandat, a-t-elle insisté mercredi sur LCI. C'est la rencontre entre une envie, un projet et une ambition pour cette ville." Marie-Laure Harel abonde : "On ne force pas quelqu'un à être candidat à Paris, surtout dans ces conditions."
