Mais que diable allait-elle faire dans cette galère ? A Paris, ce week-end, les voyants étaient au rouge à La République en marche. Après la démission de Benjamin Griveaux, suite à la diffusion de vidéos privées, il a fallu trouver un remplaçant de dernière minute pour mener la campagne parisienne. Et le choix s'est porté sur la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a quitté son poste au gouvernement, remplacée par le député Olivier Véran. C'est donc à elle qu'incombe la lourde responsabilité de renverser la tendance, alors que la candidature de Benjamin Griveaux était à la peine, bon troisième derrière Anne Hidalgo et Rachida Dati, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, publié le 26 janvier. "J'y vais pour gagner", assurait, ce dimanche, depuis un café du IXe arrondissement parisien, la nouvelle tête de liste de la majorité.

A en croire les cadres de la campagne, le choix de l'ancienne ministre a été celui "du consensus", après un week-end intense de gestion de crise. "Il y a eu un resserrement, une solidarité entre les partenaires assez exceptionnelle au moment de la crise, raconte une élue et ancien soutien de Benjamin Griveaux. Nous partagions une telle colère de s'être fait voler notre choix que nous nous sommes tous serré les coudes, et avons réussi à nous concerter dans la dignité." Plusieurs acteurs de la campagne saluent d'ailleurs "l'exemplarité de Stanislas Guerini", patron de LREM, qui a organisé les échanges du week-end.

"Je ne comprends pas très bien pourquoi on l'envoie au front pour se faire abattre..."

Deux jours avant son investiture, toutefois, la ministre de la Santé affirmait, au micro de France inter, qu'elle ne pourrait pas être candidate en raison d'un "agenda très chargé". Un revirement qui a valu à la nouvelle candidate les railleries de l'opposition. "Il y a deux jours, Agnès Buzyn expliquait qu'elle ne pouvait être candidate à Paris en raison des sujets majeurs dont elle s'occupe : coronavirus, crise hospitalière... Cet abandon de poste montre que l'intérêt de LREM prime sur l'intérêt national, c'est une grave faute politique", a réagi, sur Twitter, Emmanuel Grégoire, le directeur de campagne d'Anne Hidalgo. Même au sein de la majorité, certains s'interrogent. "Je ne comprends pas très bien pourquoi on l'envoie au front pour se faire abattre...", confie un élu, pour qui la campagne est "morte".

LIRE AUSSI >> Retrait de Griveaux : la journée en enfer des macronistes parisiens

"Deux jours avant, la donne était différente, défend une candidate LREM à Paris. Après un véritable vol démocratique qui a privé les électeurs parisiens de leur choix, nous avions besoin d'une personnalité comme Agnès Buzyn, qui incarne la stabilité et la foi dans la République." A présent, les anciens collaborateurs de Benjamin Griveaux font bloc derrière leur nouvelle candidate. "C'est une femme au caractère doux, empathique, qui est très compétente et connaît les dossiers parisiens, s'enflamme Delphine Bürkli, maire du IXe arrondissement. Elle avait déjà manifesté son intérêt pour la ville. C'est une personnalité qui n'est pas clivante, contrairement à celle de Benjamin Griveaux. Elle rassemble, apaise et a toujours été présente dans les cas de tempête." L'ancien candidat à la mairie de Paris appréciera.

La réouverture des discussions avec Cédric Villani

L'entourage de l'ex ministre de la Santé promet d'ailleurs que, loin de devenir le porte-voix d'un projet auquel elle n'a pas participé, elle apportera "sa patte" au programme conçu par Benjamin Griveaux et son équipe. "Elle va imprimer sa marque, assure-t-on dans son équipe. Il y a des choses qu'elle ajoutera, d'autres qu'elle enlèvera, mais ce sera bien le programme d'Agnès Buzyn." Une réunion s'est d'ailleurs tenue, ce lundi, pour déterminer les points clés du projet que la nouvelle candidate mettra en avant.

Et avec l'arrivée d'Agnès Buzyn, la possibilité d'un rapprochement avec Cédric Villani devient plus plausible. "Les discussions sont ouvertes, assure un proche du mathématicien. Les deux candidats ont échangé, ce lundi, par téléphone, et Cédric Villani a posé ses conditions pour envisager d'éventuelles convergences." Concrètement : le député de l'Essonne demande à l'ancienne ministre de mettre l'accent sur "l'écologie, la démocratie et la métropole, avec des mesures phares comme l'investissement de 5 milliards pour le climat ou l'agrandissement de Paris". Et, sur le plan politique, Cédric Villani réclame l'ouverture à un accord de second tour avec les écologistes. Après des mois de bataille politique, les conditions de reddition seront donc discutées au cours des prochaines semaines.

Si l'entourage d'Agnès Buzyn assure qu'il a "pleinement confiance" en la nouvelle candidate pour redresser la barre, ses adversaires politiques n'y croient pas une seconde. "A moins d'un mois du vote, personne n'imagine qu'on s'improvise maire de Paris", raille un cadre de la campagne d'Anne Hidalgo. Méthode Coué ?