"C'est vrai, les militants du Front national attendent probablement cette confrontation avec impatience", résume Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN, contacté par L'Express. Alors que Marine Le Pen est l'invitée ce soir de L'Emission politique sur France 2, le débat entre la présidente du FN et Najat Vallaud-Belkacem -environ vingt minutes prévues en fin de programme- devrait constituer le point d'orgue du grand oral politique du service public.

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Il faut dire que les deux responsables politiques ont un passif commun assez lourd. Et leurs rares échanges sur les plateaux télévisés ou par presse interposée ont toujours été électriques.

Une longue inimitié

L'une fréquente la table du conseil des ministres depuis bientôt cinq ans, l'autre rêve de l'Elysée. L'affiche est prometteuse, d'autant que le thème du débat -l'Education- devraient largement donner aux deux femmes l'occasion d'exposer leur incompatibilité, quasi viscérale. D'un côté, Marine Le Pen, solidement ancrée à la barre du FN et en tête des intentions de vote dans les sondages pour le premier tour de la présidentielle. De l'autre, la fidèle hollandaise, figure honnie par les militants d'extrême-droite, régulièrement huée dans les meetings frontistes et tête de turc préférée de la fachosphère - un titre qu'elle partage avec Christiane Taubira.

Comme le rappelle L'Opinion, la dernière rencontre entre la patronne du FN et la ministre avait fait des étincelles. "Le vote FN est un vote qui ne fait pas honneur à la politique", avait lâché Najat Vallaud-Belkacem le 23 mars 2014, face à une Marine Le Pen, triomphante au soir du premier tour des élections municipales. Mouchée, la députée européenne avait répondu du tac au tac: "Vos amis ont volé les pauvres!". Un épisode suivi par de nombreuses escarmouches entre l'appareil frontiste et l'ancienne porte-parole du gouvernement, notamment après que Najat Vallaud-Belkacem a qualifié Marine Le Pen de "harpie", en mai 2015.

Le débat est-il pour autant condamné à tourner au dialogue de sourds? "Les deux ne tomberont d'accord sur aucun sujet", estime le politologue Jean-Yves Camus, contacté par L'Express. Et le "retour aux fondamentaux" du parti effectué par la présidente du FN depuis son entrée en campagne officielle à Lyon, ne devrait pas arranger les choses, juge-t-il: "Le Front national essaye d'amener la campagne sur des sujets extrêmement clivants en réduisant le débat à l'os".

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Rue de Grenelle, on assure que Najat Vallaud-Belkacem a préparé le débat sur le fond afin d'éviter une "confrontation stérile" avec la présidente du FN. Mais la candidate aux législatives à Villeurbanne (Rhône), qui a toujours expliqué être rentrée en politique le 21 avril 2002, pourrait aussi décider de prendre rendez-vous à long terme avec l'électorat de gauche, en marquant les esprits face Marine Le Pen. "Un débat pour faire date? Elle a des ambitions et c'est tant mieux", se réjouit un proche de la ministre.