"Le plus important, c'est que les poids lourds tiennent". La petite phrase, lâchée par l'entourage de François Fillon auprès du Monde, fait désormais office de voeu pieux. Si certains ténors, comme Bruno Le Maire, Thierry Solère ou Nadine Morano, ont déjà décidé de quitter le navire, le reste de l'Etat-major des Républicains n'est pas plus optimiste et toujours suspendu aux lèvres de son candidat dont ils espèrent qu'il renoncera de lui-même.

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Même s'ils savent que le candidat de la droite tiendra au moins jusqu'à dimanche, et son grand pari de l'appel au peuple, au Trocadéro, qui lui a au moins permis de s'acheter un peu de temps.

Larcher, Accoyer (et Sarkozy) à la manoeuvre

Il va falloir "s'organiser très vite" en cas de renoncement, auraient notamment convenu Gérard Larcher, président du Sénat, et Bernard Accoyer, secrétaire général du parti Les Républicains lors de leur rencontre avec Nicolas Sarkozy ce vendredi. Après des semaines de tentatives infructueuses pour faire céder François Fillon, Gérard Larcher et Bernard Accoyer, ne "feront rien l'un sans l'autre", avance RTL.

"Larcher et Accoyer se font des noeuds au cerveau pour savoir comment se positionner pour que la crise ne soit pas irréparable. Ils estiment qu'il y a un vrai risque Le Pen. Le week-end sera déterminant. Ils ne disent rien publiquement mais pour eux, la situation actuelle est intenable", indique une source LR.

Bernard Accoyer et Gérard Larcher ont appelé vendredi leurs collègues de l'UMP à se mettre au travail au lieu de "s'égarer" dans des précampagnes présidentielles.

Gérard Larcher, président du Sénat, et Bernard Accoyer, secrétaire général du parti Les Républicains ont échangé ce vendredi avec Nicolas Sarkozy.

© / afp.com/Jacques Demarthon

Les échanges entre Nicolas Sakozy et François Fillon sont quotidiens depuis mercredi. Mais entre les deux hommes, la teneur des échanges aurait singulièrement changé en 48 heures, explique auprès de L'Express, le proche conseiller d'un des candidats à la primaire de la droite: "Nicolas Sarkozy n'a pas lâché Fillon pour assurer une option avec François Baroin. Le message de 'ménager le candidat' avait été passé à ses troupes", explique ce cadre LR. Sauf que depuis, les désistements se sont multipliés, y compris chez les sarkozystes, obligeant l'ancien président à mettre en garde Fillon ce mercredi: "Sur le plan politique, je ne vais pas te cacher que c'est difficile...", aurait lâché Nicolas Sarkozy. Selon cette même source, "si Sarkozy appelle Juppé ou Juppé appelle Sarkozy, l'affaire est faite."

NKM et Raffarin la jouent profil bas (pour le moment)

Concernant Nathalie Kosciusko-Morizet, l'heure ne serait toujours pas à lâcher officiellement François Fillon, du moins pas avant lundi, selon nos informations. "Nathalie veut rester à l'intérieur du système, au plus près du candidat. Elle pense que c'est la meilleure façon de lui faire passer des messages", explique un proche de la députée. Ou plutôt de lui faire entendre raison? Selon nos informations, NKM ne participera pas à la manifestation du Trocadéro prévue dimanche et a "débranché", dès ce vendredi, le réseau qu'elle avait mis à disposition de François Fillon pour faire campagne.

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Mais il faut préserver les apparences: elle a démenti ce vendredi vouloir faire faux bond au candidat. Il faut dire que pour NKM, le risque d'apparaître comme une opportuniste est grand: mi-janvier, François Fillon lui a offert sur un plateau sa circonscription, la 2e de Paris...

Nathalie Kosciusko-Morizet et François Fillon sur les bancs de l'Assemblée nationale, le 15 mars 2016, à Paris.

Nathalie Kosciusko-Morizet et François Fillon sur les bancs de l'Assemblée nationale, le 15 mars 2016, à Paris.

© / afp.com/JACQUES DEMARTHON

Autre ténor LR aux abonnés absent: Jean-Pierre Raffarin, qui la joue profil bas depuis la conférence de presse de François Fillon mercredi. "Son portable chauffe, il est très consulté", assure néanmoins un de ses collaborateurs, qui le décrit comme "affligé et catastrophé" par la situation. Ce vendredi midi, c'est Dominique Bussereau, un de ses plus proches qui a démissionné de toutes ses fonctions dans l'équipe de campagne.

Xavier Bertrand consulte (encore)

Enfin, Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, joue également la montre. Mais l'ancien ministre consulte à tout-va et a rassemblé autour de lui une centaine d'élus de sa région jeudi soir afin d'évaluer la situation. Et la thérapie collective aurait livré un verdict sans appel: "Une majorité s'est prononcé en faveur d'un retrait de la candidature de François Fillon", assure, auprès de L'Express, un des participants. Depuis mercredi, plusieurs grands élus du Nord ont quitté le navire, comme le député Sébastien Huygue, la sénatrice Valérie Létard ou le maire de Tourcoing Gérald Darmanin.

Xavier Bertrand, après son élection à la tête de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le 4 janvier 2016, à Lille

Xavier Bertrand, après son élection à la tête de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le 4 janvier 2016, à Lille

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"Ils se sont parlés et Xavier Bertrand a posé deux questions à François Fillon: 'es-tu capable de maintenir l'unité des Républicains?' et 'es-tu capable de tenir physiquement toute la campagne?'". L'unité ayant explosé depuis mercredi, Xavier Bertrand a fait le constat que ce préalable n'est pas rempli. Et il n'est pas du genre à se planquer...", détaille une proche. "Pas question de suivre Fillon et son petit cercle vers un suicide collectif. Les Républicains c'est pas le Temple solaire!", résume de son côté un élu nordiste, très proche de Xavier Bertrand.

Sous couvert d'anonymat, un très proche des négociations chez Les Républicains y va même de sa petite astuce pour deviner comment les choses vont tourner avant dimanche et le grand raout filloniste du Trocadéro: "Il faut regarder où va 'le Ciotti' [Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et monsieur sécurité de François Fillon]. C'est un bon indicateur du sens du vent. Hier, il était encore avec Fillon dans le Gard. Mais aujourd'hui, on ne l'entend plus!"