Perdue entre une série d'attentats islamistes, le couvre-feu et le retour du confinement, la déclaration de candidature de Sandrine Rousseau à la primaire des écologistes avait de quoi passer inaperçue, le 26 octobre. Raison de plus pour s'intéresser à l'impétrante, économiste et ancienne vice-présidente de la région Nord-Pas-de-Calais, qui ambitionne de déjouer le duel attendu entre l'eurodéputé Yannick Jadot et le maire de Grenoble, Eric Piolle.
Éclipse après l'affaire Baupin
Le visage de Sandrine Rousseau, 48 ans, n'est pas inconnu du grand public. Porte-parole d'Europe Écologie-Les Verts de 2013 à 2016, avant de devenir brièvement secrétaire nationale adjointe du mouvement, elle est devenue l'une des incarnations de la lutte contre les violences faites aux femmes en accusant Denis Baupin d'agression sexuelle en 2016. Une période éprouvante, suivie d'une éclipse. Elle n'a repris sa carte à EELV qu'en septembre dernier, après trois années de diète politique. "J'ai eu besoin de prendre ce temps, qui était aussi un temps de reconstruction. J'ai fait de la politique autrement", dit-elle en référence à Parler, l'association qu'elle a créée en 2017 pour aider les victimes de violences sexuelles.
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C'est aussi à elles que Sandrine Rousseau envoie un signal en se lançant dans la course à la magistrature suprême. "La vie ne s'arrête pas parce que l'on a parlé, explique-t-elle. Au contraire, cela donne de la force." Il s'agit également, en creux, d'adresser un message aux écologistes, longtemps pionniers de la parité, dont les principales figures nationales sont aujourd'hui des hommes, à commencer par leur secrétaire national, Julien Bayou.
"C'est très ouvert"
La candidature de Sandrine Rousseau est d'autant moins anecdotique que les écologistes ont l'habitude de faire chuter les favoris de leurs primaires : Noël Mamère battu par Alain Lipietz en 2001 ; Nicolas Hulot par Eva Joly en 2011 ; Cécile Duflot par Yannick Jadot en 2016. "C'est très ouvert", reconnaît un dirigeant d'EELV. Le mouvement s'est donné jusqu'à la fin de l'année pour délimiter les contours et les règles de sa primaire, qui devrait être organisée à la fin du printemps 2021 si l'épidémie de coronavirus n'en décide pas autrement.
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Les écologistes joueront-ils à nouveau les "coupeurs de têtes" - une expression que Julien Bayou reproche aux journalistes de "recycler" paresseusement à leur propos - en faisant mordre la poussière à Piolle et Jadot ? La réponse réside dans leur relation à la Ve République et à la recherche de l'homme ou de la femme providentiels. "Les militants écologistes se méfient énormément de donner les pleins pouvoirs, ou trop de pouvoir, à une personne", observe Sandrine Rousseau. Yannick Jadot fait un calcul inverse en considérant que, face à l'urgence climatique, c'est celui qui aura le plus travaillé sa stature élyséenne qui sera privilégié dans les urnes, malgré les aspirations de certains à la pureté.
Aux sujets des institutions, le programme de la candidate tient dans une formule choc : "J'aimerais être la première et la dernière femme présidente de la Ve République." Ce qui pourrait résonner agréablement aux oreilles des imprévisibles électeurs verts.
