Si Anne Hidalgo et Yannick Jadot comptaient sur les résultats de ces élections régionales pour entamer l'été avec une petite avance sur l'autre en vue de 2022, voilà qui est raté. Tous deux en pleine préparation de leur candidature à la présidentielle, ils cachent de moins en moins leur ambition de rassembler la gauche et les écologistes derrière leur nom. Seulement, celui-ci ne brille pas tellement plus depuis le 27 juin au soir.

Car la réalité est celle d'un scrutin pour rien : personne n'est plus avancé qu'il y a deux, quatre, six mois. "Désormais on va être dans une logique de rapport de force et, au fur et à mesure que les mois vont passer, l'élastique va se tendre", souffle le patron des sénateurs socialistes et ancien ministre Patrick Kanner. Comprendre : la castagne pour le leadership va repartir de plus belle. Chacun avec ses arguments. Chacun avec ses cicatrices.

"La gauche de l'action sort gagnante, l'idée est qu'Anne en soit l'incarnation nationale"

Dans le coin rose, Anne Hidalgo. Seule prétendante sérieuse dans les rangs du Parti socialiste à l'heure actuelle, adoubée par le Premier secrétaire, Olivier Faure, la maire de Paris sort sans doute renforcée de ces régionales grâce à la performance, plutôt inattendue, de son parti. Cinq présidents sortants, cinq présidents réélus, dont trois sans l'aide des écologistes entre les deux tours. Carton plein. Qu'importent l'abstention historique, le désintérêt des Français pour le scrutin et le contexte extrêmement particulier lié au Covid : dans les rangs de l'édile, on prévoit tout de même de démontrer que seuls les socialistes ont l'expérience - et la carrure - pour diriger des exécutifs. "La gauche de l'action sort gagnante, l'idée est qu'Anne Hidalgo en soit l'incarnation nationale, indique l'un de ses stratèges. On va tirer les leçons de ces régionales de notre côté : ça marche quand on parle de choses concrètes, assumées, claires, et ça ne gagne que lorsque la coalition est menée par le PS."

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En somme, tout le contraire de ce qui s'est passé dans la région Ile-de-France ! Et c'est en partie sa faute, ayant installé Audrey Pulvar comme tête de liste socialiste, pour finalement quasiment couper les ponts avec elle et voir l'ex-journaliste terminer derrière l'écologiste Julien Bayou. On a beau dire dans son équipe, à grand renfort de smileys souriants, que "la campagne en Ile-de-France est d'ores et déjà très loin derrière nous", il s'agit tout de même d'une erreur stratégique qui pourra lui être reprochée. Alors, pour oublier au plus vite cette mésaventure régionale et solidifier sa stature de présidentiable, Hidalgo organisera le 12 juillet une grande réunion de maires et d'élus locaux à Villeurbanne, en périphérie de Lyon. Objectif : "Tracer quelques premières pistes remontant du terrain", explique-t-on dans son entourage.

Dans le coin vert, Yannick Jadot. Très présent sur les plateaux et sur le terrain pour soutenir les candidats écologistes, l'eurodéputé affirme que les résultats obtenus par les siens lors des régionales contribuent à renforcer la dynamique créée aux européennes de 2019 - 13,48 %, il était tête de liste - puis aux municipales l'année dernière. D'un point de vue comptable, il a sans aucun doute raison : EE-LV a au moins doublé son score par rapport à 2015, et a donc au moins doublé son nombre de conseillers régionaux. Mais une victoire n'est une victoire... que lorsqu'il y a une victoire ! Or Europe Ecologie - Les Verts, qui faisait de ces régionales une véritable première primaire à gauche, n'a emporté aucune région. Pis, dans deux cas sur trois, où ils menaient le rassemblement de la gauche - Ile-de-France et Pays de la Loire -, ils ont réalisé un score, en pourcentage des suffrages, moindre que l'addition des listes de gauche au premier tour. Bref, les écologistes n'ont plus tellement le vent en poupe.

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Et puis, contrairement à Anne Hidalgo, Yannick Jadot doit passer par la case primaire de son camp en septembre, et rien ne dit pour l'heure qu'il pourrait battre son principal concurrent, le maire de Grenoble, Eric Piolle. "Aujourd'hui, Jadot est testé à un ou deux points de plus qu'Anne mais, quand les Verts se mettront sur la gueule en septembre, on en reparlera", cingle un responsable socialiste. En effet, selon un sondage Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et LCP publié au soir du second tour, Yannick Jadot et Anne Hidalgo seraient actuellement à touche-touche, obtenant respectivement 10 % et 8-9% des voix.

Il n'a pas fallu attendre aussi longtemps pour que les hostilités soient lancées. Dès lundi matin, Olivier Faure a été le premier à dégainer : "La réalité, c'est qu'il y a un plafond de verre, peut-être même un plafond Vert. [...] [Les Verts] n'ont pas atteint la crédibilité nécessaire pour concourir de manière victorieuse à une échéance de cette nature", a-t-il déclaré sur RMC. Chez les Verts, on fait mine d'être surpris : "Pour quelqu'un qui prône l'union, c'est une attitude étonnante, je dirais même déplacée. Franchement, la guéguerre des gauches, ce n'est pas très intéressant et, surtout, ce n'est jamais gagnant", indique Sandra Regol, la n° 2 d'Europe Écologie - Les Verts. Et si, à gauche, le vrai perdant des régionales, c'était le rassemblement ?