C'était un secret de polichinelle, le voilà désormais officiel : le maire de Grenoble Eric Piolle a annoncé ce mardi matin, dans un entretien accordé à France Bleu Isère et France 3 Alpes, sa candidature pour l'élection présidentielle de 2022. "J'avance étape par étape. C'est peut-être ma formation d'ingénieur qui veut cela. Maintenant, c'est une étape tournée vers 2022", a-t-il déclaré en affirmant son intention de passer, au préalable, par les "primaires de l'écologie" prévues en septembre. Il sera notamment opposé à Sandrine Rousseau et, probablement, à Yannick Jadot, son concurrent principal à Europe Écologie - Les Verts pour l'investiture. Voilà cinq informations que vous n'avez peut-être pas vu passer au sujet de celui qui est déterminé à réunir la gauche et les écologistes derrière lui !

  • Il est apprécié du MEDEF

Qui l'eût cru ? Malgré ses positions économiques plutôt anti-productivistes, Eric Piolle semble avoir tapé dans l'oeil de Geoffroy Roux de Bézieux ! Un jour, le maire de Grenoble apprend que le patron du MEDEF fait un point d'étape dans sa ville pour une réunion avec plusieurs patrons de la région. Ni une ni deux, l'écologiste invite le président de l'organisation patronale à prendre un café et à discuter à bâtons rompus. Ce dernier en garde un très bon souvenir : "Il m'a fait forte impression", confiera plus tard Roux de Bézieux, qui a trouvé Piolle "très intelligent" et "très structuré". Un compliment inattendu. Voire un baiser de la mort pour un candidat de gauche... "Il est malin et plutôt apprécié du monde économique", dit également de lui le ministre MoDem des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau.

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Début 2020, le maire écolo s'était d'ailleurs rendu aux voeux du MEDEF Isère et avait tenté de lisser son image de gauchiste anti-patrons : "Où avez-vous vu que nous étions contre l'économie ? Je suis un partenaire du Medef, même, je les accompagne ! Avant d'être maire, j'ai été dans le monde de l'entreprise pendant 18 ans, notamment à Hewlett Packard. Je suis un acteur économique comme les autres !" D'ailleurs, il a étudié de près tous les modèles de croissance depuis les années 1960 - "Je suis tombé dans une calculatrice quand j'étais petit", dit-il en riant.

  • Il souhaite la candidature de Mélenchon

L'union de toutes les gauches ? Très peu pour Eric Piolle. D'abord, parce que Jean-Luc Mélenchon est parti en solo et ne se résoudra jamais à abandonner sa candidature pour l'Élysée. Ensuite, parce que le maire de Grenoble considère qu'il faut "idéalement deux candidats à la gauche de Macron" : "un candidat de l'arc humaniste et Mélenchon. Nous, nous ne devons pas faire du hollandisme vert : il faut que le candidat puisse prendre un bout de la France Insoumise, récupérer une partie de l'électorat d'extrême gauche qui est prête pour l'exercice du pouvoir." Plus proche idéologiquement des Insoumis que Yannick Jadot, la victoire de Piolle à la primaire des écologistes, et par la suite sa candidature rassemblant EELV et le PS, pourrait être un bâton dans les roues de Jean-Luc Mélenchon... Pour qui il a voté en 2017 !

  • Il est guidé par la "spiritualité"

En mars dernier, Eric Piolle confiait : "Je me suis engagé pour remettre de la spiritualité en politique." Et cela n'a rien d'incongru : pour comprendre Eric Piolle, il faut savoir que cet homme qui a "reçu une éducation catholique", même s'il se dit "non-croyant", continue d'aller à la messe et puise une partie de ses valeurs, de ses orientations dans celle du christianisme. En janvier 2015, alors fraîchement élu maire de Grenoble, il accorde un entretien à la revue jésuite Études, dans lequel il affirme que L'Évangile est un "moteur spirituel" de son action politique.

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On ne résiste pas à vous en offrir un passage : "L'Évangile reste une référence. J'avais été particulièrement marqué par la lecture de Françoise Dolto (L'Évangile au risque de la psychanalyse) et, plus récemment, par celle de Marie Balmary. Ces lectures montrent en quoi l'Évangile est une dynamique de libération, un "moteur spirituel" encore pour aujourd'hui. Le choix de l'écologie s'est imposé assez naturellement lorsque j'ai pris conscience qu'on ne pouvait pas séparer les dysfonctionnements sociaux des dysfonctionnements environnementaux. Il s'agit de répondre aux besoins aujourd'hui mais en ayant le regard tourné vers l'avenir. L'agir s'inscrit dans le temps long. Il ne suffit pas de libérer l'humain d'un asservissement au travail, il faut que cette libération soit "durable". L'action politique vise à ce que chacun ait une vie libre, pleine et durable."

  • Il souhaite une grande réforme constitutionnelle après son accession à l'Élysée

Le 5 mai dernier, lors d'une conférence de presse à Paris, Eric Piolle a indiqué qu'il souhaitait, dès le lendemain de la victoire d'un écologiste à l'élection présidentielle, organiser un grand référendum constitutionnel pour "déverrouiller la démocratie". Si le maire de Grenoble accède à l'Élysée au soir du 24 avril 2022, préparez-vous à devoir répondre à un joli petit lot de questions. Il vous sera demandé de trancher pour (ou contre) : la création d'un référendum d'initiative citoyenne (RIC) délibératif, la création d'une autorité indépendante chargée de nommer les magistrats, la suppression de l'article 16 de la Constitution qui permet au président de s'octroyer les pleins pouvoirs, des élections législatives à la proportionnelle et organisées le même jour que l'élection présidentielle... Des propositions plutôt "consensuelles", indiquait-il, considérant que "le prochain président écolo n'aura pas pour but de faire un putsch démocratique".

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  • Il est actionnaire d'une start-up basée à Singapour

Après sa première élection à la tête de Grenoble, l'image de chevalier blanc portée par Eric Piolle a été légèrement écornée. Son opposition municipale a découvert que le maire écologiste, ennemi de l'évasion fiscal, était actionnaire minoritaire d'une start-up basée à Singapour, Raise Partner, qu'il a fondée avec ses amis à sa sortie de leur école d'ingénieur, et dont son épouse est cadre dirigeante. Problème : certains clients de cette entreprise de conseil en gestion de risques financiers sont eux aussi domiciliés à Singapour, territoire connu pour son statut de paradis fiscal... Alors, Eric Piolle aurait-il quelques difficultés à mettre en cohérence ses paroles et ses actes ? À l'Obs, il déclare ne détenir que "0,12%" des actions de l'entreprise, de laquelle il ne touche aucun dividende. Mais il y a fort à parier que cette petite histoire surgira à nouveau durant la campagne...