En mars 2014, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait dû rendre son tablier au lendemain du second tour des municipales, victime notamment de la défaite du PS à Limoges, fief de la gauche que l'on pensait imperdable. En mars 2020, avec ses 43% au premier tour, l'actuel Premier ministre est en ballottage serré. Edouard Philippe a un avantage: c'est dans sa ville du Havre que se joue pour une bonne part la lecture nationale du scrutin, en tout cas pour l'exécutif. Et il a un handicap: sa présence comme tête de liste a eu deux conséquences - le retour du clivage droite-gauche dans une commune où cela ne sert pas ses intérêts puisqu'elle fut longtemps détenue par le PCF et le gonflement du score de son adversaire communiste - qui menacent ses chances de victoire au second tour. Dont la tenue reste très incertaine ce dimanche soir.
Quasi-impossibilité de diriger un gouvernement tout en battant la campagne
Ces derniers jours, Edouard Philippe a été obligé d'être beaucoup plus chef de gouvernement que candidat aux municipales. A terme, c'est une question qui méritera d'être posée : il est certes souvent souhaitable qu'un ministre ait un ancrage local en même temps qu'une légitimité électorale ; mais l'expérience que vient de traverser Edouard Philippe montre la quasi-impossibilité de diriger un gouvernement tout en battant la campagne.
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Emmanuel Macron considère depuis plusieurs semaines que le succès de son chef de gouvernement est loin d'être une certitude. Il réfléchissait à l'hypothèse de son remplacement avant même que n'éclate la crise sanitaire du Coronavirus, sans que l'on sache vraiment s'il anticipait une défaite d'Edouard Philippe ou s'il souhaitait tourner la page quoi qu'il arrive. Aujourd'hui, le temps politique est suspendu, et pour une période d'au moins plusieurs semaines - à l'image du second tour des municipales, dont toux ceux ou presque qui exigeaient l'organisation du premier tour demandent maintenant le report.
Edouard Philippe peut se satisfaire d'une donnée électorale ce dimanche, ce sont les ministres proches de sa sensibilité politique, issus de la droite et du centre, qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu. Ont été élus dès dimanche soir Gérald Darmanin à Tourcoing, alors qu'il avait dû attendre le second tour en 2014 pour arracher la ville à la gauche, mais aussi Franck Riester, Sébastien Lecornu, Marc Fesneau et Geneviève Darrieussecq.
