A cet instant, Jean Castex a dressé l'oreille. "Vous sous-estimez le poids que vous donne la confiance qu'Emmanuel Macron a en vous", venait de lui glisser son visiteur. Le Premier ministre a voulu en savoir plus et a relancé son interlocuteur. "Il sait que vous ne l'emmerderez pas, que vous lui dites clairement ce que vous pensez mais qu'ensuite, vous exécuterez sa décision", lui a précisé ce proche du chef de l'Etat, en songeant in petto que telle n'aurait pas forcément été l'attitude du précédent locataire de Matignon, Edouard Philippe.
S'il fallait une illustration du rôle discret mais néanmoins substantiel joué par le chef du gouvernement, le "Contrat engagement jeune", une aide pour les 16-25 ans qui sont sans formation ou sans emploi présentée ce mardi, en serait une. Sur le devant de la scène publique, un seul homme bien sûr, le président candidat Emmanuel Macron, qui s'exprime sur Facebook pour vanter "un Etat qui accompagne". En coulisses, Jean Castex, à qui il revient de préciser les contours de ce "contrat d'engagement" lors d'un déplacement dans une mission locale à Vitry-sur-Seine. Mais le Premier ministre a aussi eu une vraie influence pendant la bataille sémantique qui a précédé l'annonce. Il a même réussi à corriger un petit faux pas commis par le président lui-même.
"Je vais rester ce que je suis"
Le 12 juillet, dans une adresse aux Français à la télévision, Emmanuel Macron évoque en effet un "revenu d'engagement" pour les jeunes sans emploi ou sans formation, suivant une "logique de devoirs et de droits". Et crée lui-même le malentendu. Il pense qu'on va retenir surtout le mot "engagement" et non celui de "revenu". Car il ne veut pas entendre parler d'un RSA jeunes réclamé à cor et à cri par la gauche mais si contraire à l'esprit du macronisme. L'Opinion a raconté la scène lors d'une réunion de ministres à l'Elysée, le 21 septembre : "Emmanuel Macron pose la question : 'Pourquoi parle-t-on de revenu ?' 'Parce que c'est toi qui l'as dit...', répond benoîtement la ministre du Travail Elisabeth Borne."
Avant même cette rencontre, dans ses tête-à-tête avec le chef de l'Etat, Jean Castex défend sa position. Lui aime bien le mot "contrat", car, explique-t-il alors en privé, "cela fait droits et devoirs". Sur le fond, le président et le Premier ministre sont pleinement d'accord, le tout est d'amender la forme et d'inciter le chef de l'Etat à corriger sa propre expression. C'est chose faite ce mardi. Sur Facebook, le terme de "revenu" est passé aux oubliettes.
Jean Castex, 24ème Premier ministre de la Vème République (Jacques Chirac l'ayant été à deux reprises), a joué son rôle et n'essaiera pas de tirer la couverture à lui. "Je n'ai pas demandé à être ici et je me fous de ce que je ferai après. Les gens l'ont parfaitement compris", remarquait-il récemment. Avant d'ajouter, bonhomme comme il peut l'être : "Je vais rester ce que je suis, c'est quand même le plus simple."
