Que va-t-il bien annoncer? Depuis que François Hollande l'a chargé, en juillet, de plancher sur la rénovation et la déontologie de la vie publique, Lionel Jospin n'a presque rien laissé filtrer des propositions qu'il soumettra au président ce vendredi. C'est d'ailleurs l'opacité des débats qui a le plus suscité de critiques, à droite comme à gauche.
Une communication avare
En quatre mois, Lionel Jospin ne se sera exprimé qu'une seule fois sur l'avancée de ses travaux. Et encore: en acceptant de répondre aux journalistes le 9 octobre, il a vite déçu leurs espoirs. "J'ai préféré le risque de vous frustrer à la mauvaise manière de vous ignorer", a-t-il avancé, tout en expliquant qu'"il ne m'est pas possible de vous dire aujourd'hui ce que nous allons écrire au président de la République dans un mois".
Tout juste consentira-t-il à rappeler les principaux axes retenus, en grande partie connus depuis juillet: propositions sur le "parrainage des candidats à l'élection présidentielle, sur leur accès aux médias, et le financement de leur campagne", réforme du statut juridictionnel du chef de l'Etat, travaux sur les "conséquences à tirer de la suppression de la Cour de justice de la République" et limitation du cumul des mandats.
Des parlementaires agacés
L'omerta sur les débats a d'ailleurs conduit le groupe UMP de l'Assemblée à former une "contre-commission Jospin", présidée par l'ancien président de la commission des lois Jean-Luc Warsman. "C'est un débat qu'on ne doit pas avoir, caché dans une arrière-salle", justifiait en septembre Christian Jacob, le chef de file des députés UMP, en revendiquant 80 à 90 parlementaires inscrits. Dès juillet, il voyait d'ailleurs, dans la création de la commission, "antiparlementarisme" et "suspicion contre les élus".
La gauche s'est aussi plainte d'une commission formée de treize universitaires, magistrats et hauts-fonctionnaires. "Les sujets concernent pleinement le Parlement", avait rappelé mi-septembre le député PS Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois de l'Assemblée, lors d'une réunion convoquée en vitesse sur "les sujets soumis à la commission de rénovation et de déontologie de la vie publique".
Une polémique difficile à faire taire
Le reste de son intervention du mois d'octobre, Lionel Jospin avait dû la consacrer en grande partir à démentir -une nouvelle fois- les rumeurs sur la rémunération des membres de la commission: au milieu de l'été, un e-mail relayé sur Internet assurait que le président de la commission recevait 120 000 euros pour sa participation, les autres membres empochant plus de 80 000 euros pour quatre mois de travaux, rappelle Le Figaro. Lionel Jospin et Roselyne Bachelot seront aussi accusés d'embaucher des proches comme consultants.
Faux et archi-faux, n'auront-ils de cesse de se défendre. "Le président de la commission ainsi que l'ensemble de ses membres fournissent un travail totalement bénévole", rappelle alors le site de la commission. "En toute impunité se développe une stratégie de la lettre anonyme qui est absolument odieuse", réagit aussi Roselyne Bachelot, qui a porté plainte contre X pour diffamation mi-septembre. Las, ces accusations calomnieuses auront parasité les travaux d'une commission qui avait pourtant fait le choix de la discrétion.
