Pour ses 43 ans, ce mardi 18 janvier, Roberta Metsola a reçu un cadeau d'anniversaire de taille : la présidence du Parlement européen. La Maltaise succède à David Sassoli, décédé le 11 janvier dernier. En raison d'un subtil jeu d'équilibre des pouvoirs, les Sociaux-Démocrates ont laissé le champ libre aux conservateurs du Parti populaire européen (PPE), qui ont choisi de présenter la jeune Roberta Metsola, élue depuis 2013. Si les 705 eurodéputés ont voté à bulletin secret et avaient le choix entre quatre candidats, peu doutaient de la victoire finale de cette figure de la droite maltaise.

Jeune, compétente... et anti-avortement

Européenne convaincue, engagée contre la corruption et en faveur des droits LGBT, Metsola a convaincu les groupes rivaux lors des auditions préliminaires. "Elle a montré une maîtrise impressionnante des dossiers, reconnaît un proche de Stéphane Séjourné, président de Renew (centre). Notre groupe l'a trouvée très progressiste pour une membre du PPE, notamment sur les questions de démocratie, sur les droits LGBT, en faveur d'un accueil digne et humain des migrants... Nous n'aurons pas mieux venant du PPE."

Mais une ombre vient ternir l'ensemble du tableau : l'opposition de Roberta Metsola au droit à l'avortement. Si elle fait profil bas sur le sujet, assurant qu'elle se rangera à l'avis de la majorité du Parlement, la nouvelle présidente n'est pas parvenue à dissiper les doutes. "Symboliquement, ce n'est pas gérable, regrette ainsi Sylvie Guillaume, cheffe de file des eurodéputés socialistes français. Le symbole est beaucoup trop fort pour la troisième femme présidente du Parlement européen, 40 ans après Simone Veil."

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Dans le contexte européen actuel, où le droit à l'avortement est remis en cause par le gouvernement polonais, le positionnement du président du Parlement n'est pas anodin. D'autant que, si la Maltaise se présente comme "féministe", certains de ses votes controversés ont refait surface ces derniers jours. Ainsi, en septembre dernier, l'eurodéputée s'est abstenue devant une résolution demandant de criminaliser les violences envers les femmes.

"Roberta Metsola est facile, elle respecte les accords, se montre sans ambiguïté sur lEÉtat de droit et les droits des LGBT, et fait preuve d'un esprit sain sur la migration, poursuit Sylvie Guillaume. Mais son appartenance à un pays archaïque sur le plan des droits des femmes reste un élément fort et puissant de sa candidature."

Malte, dernier bastion des anti-avortement

Malte est en effet le dernier pays européen à interdire l'IVG en toutes circonstances, même en cas de viol ou de danger pour la santé de la mère. "A Malte, la question de l'avortement reste compliquée, pose Jean-Dominique Giuliani, président de la fondation Robert Schuman et auteur de Européen, sans complexes (sorti le 12 janvier, chez Marie B). Il s'agit d'un problème de différence de culture nationale et de poids de la religion dans le pays, davantage qu'une position personnelle de Roberta Metsola. Même le parti travailliste maltais s'oppose à l'IVG."

En dépit des controverses, la candidate du PPE a obtenu la majorité absolue dès le premier tour du scrutin. Elle a désormais deux ans et demi de mandat pour faire évoluer cette grande institution du compromis. "Elle a 43 ans, ce n'est pas rien d'avoir une nouvelle génération à la tête du Parlement européen, une institution qui se cherche et demande toujours davantage de pouvoir, rappelle Jean-Dominique Giuliani. Metsola sera une présidente dans la lignée de Sassoli, calme, assez consensuelle et défendant vigoureusement son Parlement."