"J'ai le charisme d'une huître." L'aveu de Cécile Duflot, 33 ans, semble paradoxal. Elle termine son premier mandat de secrétaire nationale des Verts, et va probablement être reconduite à ce poste, lors du congrès des 5 et 6 décembre, à Lille.

"En réunissant tous les écologistes pour les élections européennes de 2009, elle a eu l'intuition et l'intelligence de sortir les Verts du trou dans lequel ils étaient enfouis, notamment pendant la dernière campagne présidentielle [avec un résultat de 1,57 % des voix]", se réjouit Jean-Paul Besset, très proche conseiller de Nicolas Hulot et l'un des piliers de l'aventure unitaire, avec José Bové et Daniel Cohn-Bendit.

"Cécile tire les bénéfices de sa conversion à la nécessité du rassemblement", confirme Noël Mamère, député maire de Bègles (Gironde). La Française a eu la clairvoyance d'accepter l'aide de Daniel Cohn-Bendit. Le coprésident des Verts européens aurait pu se présenter en Allemagne, mais il a préféré devenir tête de liste en Ile-de-France en 2009. En 1999, il avait réalisé un score de 9,72 % comme tête de liste nationale.

Pas un moine-soldat

"Cécile plaît aux militants, car elle est accessible et elle leur ressemble, analyse Jean-Vincent Placé, son bras droit. Elle ne se prend pas pour un chef." Le patron des élus écolos au conseil régional d'Ile-de-France rêve qu'elle devienne une "Besancenot Verte". A la télévision, celle qui occupe l'obscure fonction de secrétaire générale d'une institution du logement social dans le Val-de-Marne apparaît encore gauche, timide, même si elle est capable de culot.

Avec le facteur trotskiste, son aîné d'un an, Duflot partage une origine modeste et un engagement militant précoce. Fille baptisée d'un cheminot et d'une prof de physique-chimie catho de gauche, tous deux cédétistes, elle s'est investie dans une association d'étudiants pour le soutien scolaire et la réinsertion des détenus.

Comme le porte-parole de la LCR, elle a toujours refusé de devenir un moine-soldat de la politique, de sacrifier sa vie privée. Entre 21 et 24 ans, alors qu'elle fréquente encore une grande école de commerce, l'Essec, elle accouche de ses trois premiers enfants, Emile, Bleuette et Anémone. Après un divorce et pendant la campagne des municipales de 2008, elle donne naissance à Térébentine, une fille qu'elle a conçue avec le photographe Xavier Cantat, le frère de Bertrand, le chanteur de Noir Désir.

Ne pas faire d'ombre aux têtes d'affiche

La jeune secrétaire nationale pouponne sa famille nombreuse et chouchoute les militants Verts. Adeptes des affrontements et des querelles de chapelle, les écologistes ont la manie de couper toutes les têtes qui dépassent, soupçonnées de prendre goût au pouvoir. Petit progrès : "Ils ont enfin grandi et ne broient plus leurs dirigeants", commente Noël Mamère, soulagé. Mais ils préfèrent toujours élire un secrétaire national qui ne fera d'ombre à personne. Et surtout pas aux parlementaires médiatiques, Yves Cochet, Noël Mamère ou Dominique Voynet. Avec Duflot, pas de risque.

Pour l'instant. La jeune femme se fixe un premier objectif, ambitieux : un score à deux chiffres pour le rassemblement des écologistes aux élections européennes de juin 2009. Et ce malgré la crise économique et sociale, qui relègue au second plan l'urgence écologique. "Si nous obtenons un tel succès, affirme Yves Cochet, député de Paris, il faudra refonder le petit parti des Verts dans une organisation de 30 000 membres [cinq fois plus qu'aujourd'hui]." Cécile Duflot y croit, bien qu'elle soit née le jour des poissons d'avril. Qu'elle réussisse son pari et les Verts pourront se vanter d'avoir trouvé une perle dans leur huître...