Vous représentiez les Verts jeudi soir à la réunion commune de la gauche contre la réforme des retraites. Pourquoi Europe Ecologie cherche-t-elle à se rapprocher de partis et de syndicats aux discours productivistes très construits?

Je n'ai pas l'impression que ce soit nous qui nous rapprochons, mais plutôt qu'il y a une évolution lente dans le logiciel de la gauche de la gauche. Le discours productiviste cède peu à peu le pas à un discours plus en accord avec la décroissance. En ce sens, un homme comme Jacques Perreux, qui a été un ardent communiste toute sa vie et qui s'est rapproché des thèses écologistes, est un bon exemple. Tout le monde peut évoluer. On veut élargir l'assise de l'écologie politique, en évitant la démagogie. Je suis assez sûre de mes engagements pour en discuter avec le plus de monde possible, que ce soit avec la gauche de la gauche, avec Borloo sur la loi Grenelle II... ou même Eric Woerth.

Ce dernier a reçu les Verts à propos de la réforme des retraites...

Oui, et c'est là que j'ai compris que ça ne servait à rien de discuter. La réforme des retraites est une réforme idéologique. Le ministre nous a dit en substance: "Il y a des inégalités, c'est ainsi, il y a déjà assez de redistribution dans le pays". Pour preuve, il n'y aura pas de concertation avec les autres partis politiques, seulement des "consultations", pour présenter par la suite ce qu'il appelle un "document de conviction".

Qu'est-ce qu'Europe Ecologie propose pour réformer les retraites?

Déjà, il faut créer un consensus politique large sur cette question, comme sur toutes les questions qui touchent aux règles du vivre-ensemble.

Il faut ensuite faire des retraites progressives, sans toucher à l'âge légal du départ. On doit pouvoir passer petit à petit du travail à la retraite. Il ne faut plus que l'on soit le vendredi, au travail et le lundi à la retraite. Cela se fait dans l'éducation avec les cessations progressives d'activité (CPA), on peut le généraliser. C'est aussi cela, l'écologie politique: allier la gestion de la complexité en améliorant la qualité de vie des citoyens.

Comment expliquez-vous que vous ayez été si bien accueillie jeudi 6 mai, lors du meeting de la gauche à la Bellevilloise, à Paris, ne serait-ce qu'en comparaison avec le représentant du PS?

Parce que je suis une fille sympa! Plus sérieusement, je pense que le PS au pouvoir a laissé des traces. Ce qui explique les réticences du reste de la gauche à leur faire confiance.