Martine Aubry doit rattraper le temps perdu et elle le sait. Elle se dit "très confiante dans cette campagne" même si elle a "commencé très récemment par rapport aux autres". Idem pour son retard dans les sondages, qui "ne sont pas fiables". Voilà pour la version officielle car, en réalité, l'inquiétude est bien là. Ainsi, dans son interview à Rue89 ce mercredi, elle n'hésite pas à envisager son retour à Solférino en cas d'échec à la primaire PS. La maire de Lille doit donc se démarquer, montrer sa différence. Mais quelle créneau choisir?

Ceux de la sécurité et du social-libéralisme sont investis par Manuel Valls, la démondialisation par Arnaud Montebourg, et Ségolène Royal, candidate malheureuse de 2007, devrait, quant à elle, jouer la carte de l'expérience. François Hollande, favori des sondages, cherche lui au contraire le consensus.

Dans la droite ligne du "Care"

A quelques heures du premier débat ce soir sur France 2, Martine Aubry surprend par ses propositions sur des questions de société. Une manière sans doute de montrer qu'en dépit des contraintes budgétaires, il reste possible de changer la vie quotidienne du pays.

En se déclarant ouvertement pour la dépénalisation du cannabis, elle donne des gages aux jeunes et plus globalement aux électeurs de gauche. Celle qui jusqu'ici prônait la tenue d'un grand débat de société sur la question vient de se démarquer de ses adversaires ainsi que du projet socialiste. Elle explique: "Dénépalisation, oui, avec un renforcement des sanctions sur les trafiquants, voilà les deux mesures qui me paraissent essentielles aujourd'hui".

La légalisation? "Il est difficile de le légaliser. D'ailleurs, vous avez vu qu'aux Pays-Bas, ils sont en train de revenir sur cela." Elle n'hésite pas non plus à défendre dès que possible le mariage et l'adoption pour les couples de même sexe, proposition qui, elle, est inscrite dans le programme du Parti socialiste.

Ce positionnement de la maire de Lille sur les questions de société reste dans la droite ligne de sa société du "Care" tant raillée par ses adversaires il y a quelques mois. Bien qu'elle utilise moins cette expression depuis, elle confirme: "Je prends un exemple. Je pense que nous n'allons pas pouvoir payer avec les impôts de nos concitoyens ou les cotisations à la fois la perte d'autonomie des personnes âgées, qui pourtant doit être pris en compte par la solidarité, comme la santé, et en même temps l'accompagnement quotidien de toutes les personnes âgées."

"Vous comptez pour lui, il compte pour vous"

Consciente que ses marges de manoeuvres sur le plan économique sont limitées, la candidate en appelle à la solidarité: "C'est le lien que vous avez avec quelqu'un d'autre, vous comptez pour lui, il compte pour vous, je crois que c'est très important".

Mais elle se refuse à admettre que cette idée induise moins d'Etat providence: "C'est pas un peu moins d'Etat, c'est un Etat qui remplit profondément ses missions, celle de protéger les plus faibles [...] Moi je crois qu'on ne changera pas profondément notre modèle de développement et la société s'il n'y a pas une vraie mobilisation des citoyens, déjà très importante dans notre pays dans les syndicats et surtout dans les associations..."