L'attentat de Nice a été revendiquée par l'organisation terroriste Etat islamique samedi. Mais cette revendication laisse les enquêteurs circonspects: quels liens a entretenu le chauffeur-livreur avec Daech? Était-il un islamiste radicalisé? Si oui, comment et depuis combien de temps?

Autant de questions auxquelles l'exécutif a parfois répondu trop vite, quitte à se contredire.

La prudence de Cazeneuve

Ce lundi matin, Bernard Cazeneuve a fait preuve d'une très grande prudence à propos du processus de radicalisation de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. "On ne peut pas exclure qu'un individu très [dé]séquilibré et très violent, et il semble que sa psychologie témoigne de ces traits de caractère, ait été à un moment, dans une radicalisation rapide, engagé dans ce crime absolument épouvantable", a-t-il expliqué sur RTL.

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Interrogé sur le caractère "islamiste" de l'attentat, le ministre de l'Intérieur a pris des pincettes: "C'est un attentat qui a été revendiqué par l'Etat islamique. C'est un attentat à caractère terroriste, balaye-t-il. Maintenant, ce qu'il faut savoir c'est quels étaient les liens entre celui qui a commis cet attentat abject et les réseaux terroristes. Ces liens, pour l'instant, ne sont pas établis par l'enquête."

Les contradictions de Le Foll

A trop vouloir être prudent, l'exécutif finit par brouiller le message. Sur France Inter ce lundi matin, les déclarations parfois contradictoires de Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, témoigne de l'incertitude qui règne au sommet de l'Etat sur la radicalisation du terroriste et ses liens avec Daech: "Il semble qu'il y ait eu quelques liens [entre Mohamed LB et les réseaux terroristes, NDLR] qui aient été relevés. Après, [...] c'est le procureur qui pourra en préciser les éléments, s'il y a des liens ou pas, déclare-t-il. Ce que l'on sait [...] c'est qu'il y a eu, comme l'a dit Bernard Cazeneuve, une radicalisation extrêmement rapide de cet homme."

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"L'enquête se poursuit et nous cherchons à comprendre, à savoir s'il y a des liens entre cet individu et des possibles connexions avec des personnes au niveau de Nice et de ses alentours, qui peuvent avoir, eux, des relations avec d'autres personnes, des réseaux peut-être islamistes, explique-t-il. Mais à l'heure où je parle, je ne m'engagerai pas sur une conclusion définitive. [Mohamed LB] a sûrement pu s'inspirer malheureusement de ce qui est sur les réseaux islamistes, pour commettre des attentats. Voilà où nous en sommes." Des déclarations un brin nébuleuses.

Valls et Hollande ont-il parlé trop vite?

Vendredi soir, le Premier ministre ne s'était guère embarrassé de prudence. Invité du JT de France 2, il expliquait que le tueur était "sans doute lié à l'islam radical, d'une manière ou d'une autre [...] Le procureur de la République s'est exprimé très clairement. Nous verrons quels sont les complicités et les liens avec les organisations terroristes". Problème: au même moment, Bernard Cazeneuve, sur TF1, faisait preuve de retenue, expliquant qu'il n'avait pas assez d'informations pour se prononcer.

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Dans les colonnes du JDD, le Premier ministre s'est défendu de toute discordance. Il est d'ailleurs sur la même ligne que François Hollande: dans la nuit de jeudi à vendredi, lors de son allocution télévisée, le chef de l'Etat évoquait déjà "la menace du terrorisme islamiste". Mais, comme le souligne Le Monde, au moment ou le président de la République s'est exprimé, aucun élément sur l'auteur des faits, pas plus que sur ses motivations ou ses liens éventuels avec la mouvance islamiste ou djihadiste, n'était connu. Les premières révélations sur sa "radicalisation" ne seront apportées que le samedi, après les premières gardes à vue.

Le profil trouble du terroriste

Si la communication patine, c'est aussi que le profil du terroriste se trouble au fil des jours. Il a dans un premier temps, dès le vendredi, été décritcomme un homme isolé, un mari violent et un voisin qui fumait. Les révélations se sont ensuite enchaînées. L'homme, au passé de délinquant, buvait beaucoup d'alcool, allait peu à la mosquée et n'a pas respecté intégralement le jeûne du Ramadan.

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Par ailleurs, son portable et son ordinateur ont révélé, dimanche, d'autres détails étonnants. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel consultait des sites de propagande djihadiste violents mais cumulait les conquêtes féminines et... masculines. Ce profil atypique déroute d'autant plus que l'homme n'était pas connu des services des renseignements, ni fiché S. Il perturbe le gouvernement, pris entre ses impératifs de communication et de précision.