L'Algérie n'a pas fini de nous hanter. Il y a quarante ans qu'elle a arraché son indépendance, mais les blessures ne sont pas encore refermées. On n'oublie pas si facilement plus de cent soixante-dix années de colonisation, de drames, de passions et de désillusions. Une moisson de témoignages, de livres, d'émissions de télévision en éclaire d'un nouveau jour le dernier et tragique épisode, qu'il a bien fallu appeler par son nom: la «guerre d'Algérie», avec son cortège de massacres, de tortures, de viols, d'atrocités. Ces années d'horreur ne peuvent être vraiment comprises qu'en remontant à l'origine de cette folle équipée qui, un jour de 1830, a conduit la France au-delà de la Méditerranée. Plus de cent soixante-dix ans, donc, d'un engrenage dont il faut reconstituer les rouages. L'Express a choisi l'historienne Annie Rey-Goldzeiguer, parmi les meilleurs spécialistes de la période, pour décrypter cette longue histoire commune. Professeur honoraire à l'université de Reims, elle vient de publier Aux origines de la guerre d'Algérie (La Découverte), remarquable récit des années 1940-1945. A la lumière des dernières recherches et de documents inédits, elle retrace pour nous les principales étapes de la tragédie en chassant les mythes et les clichés. Une manière non seulement de revisiter le passé, mais aussi d'expliquer l'Algérie d'aujourd'hui. Et peut-être aussi la France... Car l'aventure franco-algérienne ne s'est pas arrêtée avec les accords d'Evian, en 1962. Au contact des millions de Français d'origine algérienne, elle se poursuit, ici, au nord de la Méditerranée. En offrant, cette fois, à la France, mieux que la repentance, une nouvelle chance.