Tous les quatre ans, la Russie aime montrer ses muscles au monde, en organisant des exercices militaires de grande envergure avec ses alliés. Mais l'édition "Vostok-2022" revêt, plus que les précédentes, une importance capitale pour le Kremlin. Alors que son armée marque le pas dans sa conquête de l'Ukraine, la Russie entend montrer qu'elle dispose d'un important réservoir d'hommes et de matériels. Et alors qu'elle semble isoler sur la scène internationale, ce rendez-vous entend bien prouver qu'elle compte encore des amis, dont un très puissant. C'est pourquoi, ce mardi 6 septembre, Vladimir Poutine s'est rendu en personne au terrain d'entraînement militaire de Sergueïevski, à l'Extrême-Orient du pays, pour "observer la phase finale des exercices".

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Depuis le 1er septembre, et jusqu'au 7, plus de 50 000 soldats russes participent à des "actions défensives et offensives", sur terre, dans les airs et sur mer. L'occasion, pour le ministère russe de la Défense, de préciser que "seule une partie des forces armées de la Fédération de Russie est impliquée dans l'opération militaire spéciale, dont le nombre est tout à fait suffisant pour remplir toutes les tâches fixées par le gouvernement". Pourtant, si l'on compare à l'édition "Vostock-2018", durant laquelle 300 000 soldats russes étaient rassemblés, celle de 2022 paraît, avec ses 50 000 hommes, bien décevante. La plupart des forces sont donc occupées en Ukraine, et la construction de deux usines censées réparer les véhicules blindés endommagés prouve bien que la réserve de matériel s'amenuise au fil des semaines de combats. Alors, pour faire bonne figure, Moscou peut se tourner sur le profil de l'un de ses invités : la Chine.

L'Inde parmi les participants

Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, Pékin se trouve dans une situation inconfortable, n'approuvant, ni ne condamnant, les desseins de Vladimir Poutine. Officiellement, si l'on en croit le porte-parole du ministère chinois de la défense, la participation des forces armées chinoises à l'exercice "Vostok 2022" vise "à approfondir la coopération avec les armées des autres participants, à améliorer le niveau de coordination stratégique et à renforcer la capacité à faire face à diverses menaces". Dans les faits, cette participation sert surtout à s'opposer encore davantage aux Etats-Unis, en leur montrant, notamment, que la visite de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, à Taïwan - un pays que la Chine considère comment partie intégrante de son territoire et qu'elle entend récupérer un jour- ne restera pas sans conséquence.

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Les exercices prévus en mer du Japon permettent également d'envoyer un message à Tokyo, qui entretient de mauvaises relations avec la Chine, de même qu'avec la Russie. Ainsi, conscient de l'importance stratégique de cette édition, Pékin a mobilisé, pour se faire le co-leader du monde anti-occidental, 2 000 soldats, 300 véhicules, 21 avions et trois navires de guerre.

Si la Chine est l'invité le plus puissant, la Biélorussie et la Syrie, pays vassaux de la Russie, sont également présents. Tout comme l'Inde. Le membre de l'alliance Quad, avec les Etats-Unis, le Japon et l'Australie dans la zone indo-pacifique, entretient également d'importants liens militaires et énergétiques avec la Russie, qui est son premier fournisseur de pétrole brut. Diplomatiquement, l'Inde a également toujours fait le choix de l'abstention lorsque l'Assemblée générale de l'ONU soumet au vote une résolution liée à la guerre en Ukraine. Sa participation n'est donc pas si surprenante, même si elle nécessite un certain équilibre : l'Inde a ainsi refusé de participer aux exercices maritimes prévus en mer du Japon.