Une trentaine de dirigeants actuels ou passés, plus de 300 responsables politiques du monde entier, ainsi que des stars ou des criminels... La liste des noms éclaboussés par le scandale des "Pandora Papers" est longue. Ces derniers ont été épinglés dimanche dans une vaste enquête journalistique sur l'opacité des sociétés offshore. La plupart des transactions mises au jour par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) ne sont pas illégales. Mais ces révélations - fruit du travail de plus de 600 journalistes dans 117 pays - mettent en lumière le décalage entre le discours anti-corruption de certains leaders et leur usage extensif des paradis fiscaux.

Le couple Blair

L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair et son épouse Cherie ont acquis en 2017 un immeuble de bureaux en achetant une société offshore dans les îles Vierges qui appartenait à un ministre bahreïni, propriétaire des lieux. La transaction leur a permis d'économiser environ 400 000 dollars d'impôts, rapporte l'ICIJ. Officiellement donc, l'immeuble ne changeait pas de propriétaire, permettant au couple Blair d'échapper aux frais normalement réclamés pour toute vente de bien immobilier sur le sol britannique.

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Ces activités personnelles contrastent avec le discours de l'homme politique qui déclarait lors de sa campagne pour prendre la tête du Parti travailliste en 1994 : " Nous devons contrer les abus du système fiscal." Contactée par The Guardian, Cherie Blair n'a pas nié avoir bénéficié de cette optimisation fiscale agressive, bien que légale. Pour sa défense, elle a déclaré que les conditions de cette vente avaient été fixées par le vendeur.

L'ex-président du FMI, Dominique Strauss-Kahn

Dominique Strauss-Kahn, l'ancien ministre français et ex-directeur général du Fonds monétaire international, a fait transiter plusieurs millions de dollars d'honoraires de conseil à des entreprises par une société marocaine exempte d'impôts, selon les documents examinés par l'ICIJ.

Le Premier ministre tchèque, Andrej Babis

Avant de devenir Premier ministre, le milliardaire tchèque Andrej Babis a placé 22 millions de dollars dans des sociétés écrans qui ont servi à financer l'achat du château Bigaud, une grande propriété située à Mougins, dans le sud de la France. Il ne les a pas mentionnés sur sa déclaration de patrimoine quand il est entré en politique, d'après les Pandora Papers.

Le Premier ministre, qui est mis en cause dans une affaire de fraude aux subventions européennes et de conflit d'intérêts, affronte des élections législatives les 8 et 9 octobre. Assurant ne rien avoir commis d'illégal, il a dénoncé dimanche une manoeuvre destinée à le "dénigrer" avant le scrutin.

Le roi Abdullah de Jordanie

Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, le roi Abdullah de Jordanie a acquis quatorze propriétés luxueuses aux Etats-Unis et au Royaume-Uni grâce à un réseau de sociétés situées dans des paradis fiscaux comme les îles Vierges. Pour 106 millions de dollars, il a acheté trois villas avec vue sur la mer à Malibu, en Californie, et des propriétés à Londres et Ascot (Royaume-Uni), selon cette enquête. Parmi ces propriétés, une vaste maison au sommet d'une falaise est décrite comme un "méga manoir semblable à un hôtel de villégiature" contenant 26 chambres. Elle surplombe une partie de la côte rendue célèbre comme le lieu de la scène finale dramatique du film original de 1968 La Planète des singes.

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Les avocats du roi jordanien ont assuré au consortium qu'il avait utilisé sa fortune personnelle et a eu recours à des sociétés offshore pour des raisons de sécurité et de discrétion. La fuite de documents révèle également comment le souverain a secrètement acquis un portefeuille de sept propriétés de luxe au Royaume-Uni, dont trois à Belgravia, à Londres. Achetées entre 2003 et 2011, les propriétés britanniques sont estimées avoir une valeur marchande actuelle d'environ 28 millions de livres sterling.

Le président chypriote, Nicos Anastasiades

Pendant plusieurs années, le président de la République, NicosAnastasiades, dirigeait un cabinet d'avocats lié au monde de l'offshore qui porte encore son nom : Nicos Chr. Anastasiades & Partners. Selon les informations du quotidien Le Monde, le chef de l'Etat européen a quitté le cabinet au moment d'être élu à la tête de l'État chypriote, en 2013, mais cela ne l'a pas empêché de conserver un bureau et d'avoir deux de ses filles qui occupent les postes d'associées.

Le Premier ministre pakistanais, Imran Khan

Imran Khan s'est fait élire à la tête du Pakistan à l'été 2018 sur un programme anti-corruption après la destitution de Nawaz Sharif, emporté par les révélations des "Panama Papers", une autre enquête de l'ICIJ sur les fonds offshore. Selon le consortium, des membres de sa famille et de son gouvernement possèdent des millions de dollars sur des comptes offshore. Sur Twitter, le Premier ministre a assuré qu'il "enquêterait" sur tous les citoyens pakistanais mentionnés dans les Pandora Papers".

Congo, Kenya, Ukraine... Les autres chefs de l'Etat cités

Les "Pandora Papers" mouillent également l'indéboulonnable président congolais, Denis Sassou Nguesso, qui a possédé une société offshore dans les îles Vierges enregistrée en 1998 - moins d'un an après le début de sa mandature. Toujours sur le continent africain, le président kenyan Uhuru Kenyatta et six membres de sa famille, dont sa mère, un frère et deux soeurs, disposent d'au moins 30 millions de dollars sur plusieurs sociétés off-shore, écrit le consortium. Une information qui détonne là-aussi avec le discours politique de ce chef de l'Etat qui a fait de la lutte contre la corruption et de la transparence dans la vie publique un marqueur de son mandat.

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En Ukraine, l'enquête nous apprend que le président Volodymyr Zelensky - ancien comédien et humoriste - était copropriétaire d'une société aux Iles Vierges liée à l'industrie cinématographique. Peu avant son élection en 2019, il a transféré ses parts à l'un de ses plus proches conseillers, Serhiy Shefir.

Plus à l'Est, des proches du président de l'Azerbaïdjan Ilham Aliev - régulièrement visé par des accusations de corruption - ont réalisé des transactions immobilières opaques au Royaume-Uni, dont l'achat contre 45 millions de dollars d'un immeuble de bureaux au nom de son fils de 11 ans, Heyder, rapporte la BBC.

Shakira, Claudia Schiffer... Les autres personnalités impliquées

La chanteuse colombienne Shakira et la mannequin allemande Claudia Schiffer possèdent aussi des comptes offshore. Selon leurs agents, il ne s'agit pas d'évasion fiscale, rapporte le consortium.

Le chef mafieux Raffaele Amato, qui a inspiré le film Gomorra, a lui aussi fait usage d'une société écran pour acheter des terres en Espagne. Lié à de nombreux meurtres, il purge une peine de vingt ans de prison.