La Corruption, comment ça marche ? Fraude, évasion fiscale, blanchiment
par Noël Pons.
Seuil, 592 p., 23 ¤.
La note de L'Express : 3/5
Si vous croisez Noël Pons, ne vous fiez pas à sa mine sympathique et à son accent chantant du Sud-Ouest : vous êtes face à l'un des plus expérimentés et tenaces traqueurs de fraudeurs que l'administration française ait jamais produits. Tour à tour inspecteur des impôts, conseiller au Service central de prévention de la corruption, codirecteur pédagogique de l'Ecole supérieure de la sûreté des entreprises, il nous entraîne ici dans l'exploration la plus complète de ces dernières années de l'univers des fraudes en tout genre et de la corruption.
La typologie est quasi exhaustive, depuis la grande fraude internationale vers les paradis fiscaux jusqu'à la fausse facturation des PME sous toutes ses formes, en passant par les carrousels de TVA ou l'escroquerie au carbone. Et couvre toute la chaîne de la fraude, jusqu'au blanchiment.
50 nuances de fraudes
Mais la force du livre tient moins dans les chiffres cités, les mêmes que ceux qui circulent partout, donc pas de révélations de ce côté-là, que dans les multiples histoires, plus stupéfiantes les unes que les autres, contées d'une plume vivante, qui rendent limpides les montages financiers les plus complexes.
Noël Pons dresse un constat accablant de la progression de la fraude à l'échelle mondiale. Non que les techniques se soient sophistiquées, ce sont à peu près les mêmes qu'il y a cinquante ans... Mais la mondialisation et la digitalisation leur ont permis de prendre des proportions sans précédent, d'encourager la cybercriminalité et de faciliter le blanchiment au profit notamment des grandes mafias. Le tout allant de pair avec une corruption dévastatrice sur les plans économique (elle prive souvent les bons candidats d'accès aux marchés) et social (elle spolie les plus pauvres...)
Une frontière floue
Noël Pons nous entraîne aussi à la rencontre des fascinants personnages qui orchestrent ces fraudes, virtuoses de la fiscalité formés aux meilleures écoles : "Le comportement criminel ne s'improvise pas, il s'apprend !" Il n'y a pas une économie respectable d'un côté, et une économie crapuleuse de l'autre...
Le diagnostic est-il trop sombre ? Sans doute, lorsqu'il estime que la criminalité a gangrené l'économie dans la plupart des pays de la planète, que les lanceurs d'alerte sont les derniers remparts de la démocratie et qu'il peine à ne pas considérer l'optimisation fiscale légale comme de la fraude, au moins dans l'esprit... Un pessimisme qui n'enlève rien à la profondeur de l'ouvrage.
