Il arrive parfois que la fiction anticipe la réalité. Dans le film "Gravity", sorti en 2013 et récompensé d'une pléiade d'oscars, un satellite russe est détruit par un missile. Ses nombreux débris, en apparence sans danger, finissent par atteindre des astronautes en mission auprès du télescope spatial Hubble. Panique générale. Le flegmatique personnage incarné par George Clooney disparaît dans la noirceur de l'univers.
A l'exception de cette issue dramatique, le scénario qui s'est joué lundi ressemble en tout point à la superproduction hollywoodienne. Selon des informations américaines, la Russie a fait exploser l'un de ses vieux satellites de l'ère soviétique lors d'un test ASAT. Quelque 1500 débris se sont propagés dans l'espace, menaçant alors la Station spatiale internationale (ISS) et ses passagers : sept astronautes en mission, dont quatre récemment débarqués, après le départ du Français Thomas Pesquet.
"Bonjour. Désolé pour l'appel matinal. Nous venons d'être informé d'une désintégration d'un satellite", a d'abord lancé calmement la Nasa à l'ISS, en guise d'alerte, entend-on dans un audio diffusé sur les réseaux sociaux. A bord, tout va alors très vite. L'équipage met ses combinaisons et se réfugie en vitesse dans des capsules amarrées à la station, Crew Dragon et Soyuz, pendant deux longues heures.
La situation revient ensuite à la normale. Ou presque. Le nuage de débris, selon la loi de l'espace, gravite désormais autour de la terre et revient tutoyer la station toutes les 90 minutes. La surveillance est donc toujours de mise. Selon l'administrateur de la NASA, Bill Nelson, les astronautes sont maintenant confrontés à quatre fois plus de risques qu'avant cette destruction, vivement critiquée par les Occidentaux, les Etats-Unis en tête.
"Merci pour cette journée folle mais bien coordonnée", a finalement rassuré depuis l'espace l'astronaute américain Mark T. Vande Hei aux équipes de la Nasa installées à Houston (Texas).
"Acte irresponsable"
La Russie a reconnu ce mardi avoir effectué un tir d'essai contre l'un de ses vieux satellites en orbite, confirmant les accusations de Washington, mais soutenant que cela n'avait posé aucun risque pour l'ISS. L'agence spatiale russe a assuré mardi que "la sécurité de l'équipage" de la Station spatiale international était sa "priorité principale". Deux des astronautes à bord sont d'ailleurs russes. Ce qui rend d'autant plus incompréhensible, du point de vue américain, ce tir jugé "irresponsable" par plusieurs acteurs, dont le patron de la Nasa ou encore le chef de l'Otan Jens Stoltenberg.
Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a lui jugé que ce test avait été "un bijou". Ce dernier dénonce par ailleurs des accusations "hypocrites" de Washington quant au danger que représenteraient les débris. "Les Etats-Unis savent pertinemment que ces fragments (...) ne présenteront aucune menace", a soutenu dans un communiqué son ministère.
La ministre française des armées, Florence Parly, a critiqué des "saccageurs de l'Espace [à la] responsabilité accablante", sans précisément nommer la Russie.
Plus largement, Jens Stoltenberg estime de son côté que cette destruction est "une source d'inquiétude", car "elle démontre que la Russie développe actuellement de nouveaux systèmes d'armement qui peuvent détruire des satellites ainsi que des capacités spatiales utilisées pour des infrastructures de base sur terre, comme des communications, la navigation ou des systèmes d'alerte de tir de missiles".
Le développement de telles capacités risque d'entraîner une course aux armements aux conséquences imprévisibles. Des tirs test antisatellites n'avaient été menés jusqu'ici que par une poignée de nations - Etats-Unis, Chine, Inde - tandis que Moscou proclamait sans cesse haut et fort lutter contre toute tentative de militariser l'espace. Jusqu'à lundi, et sa propre version de "Gravity".
