L'accommodement avec la réalité est décidément une marque de fabrique de l'administration Trump. Deux des plus proches collaborateurs du 45e président des Etats-Unis, Kellyane Conway et Sean Spicer, viennent d'en faire, une fois de plus, la démonstration.

Kellyane Conway et le faux massacre de Bowling Green

La conseillère de Donald Trump avait prévenu: Kellyane Conway avait déjà invoqué les "faits alternatifs" pour justifier sa vision très optimiste du nombre de participants à l'investiture du 45e président des Etats-Unis. Elle adopte à nouveau un point de vue orwellien sur la réalité.

Interrogée par la chaîne MSNBC, jeudi soir, la conseillère s'est référée à un massacre... qui n'a jamais eu lieu. L'objectif était de défendre le décret anti-immigration signé par Donald Trump la semaine passée. Elle l'a comparé à une mesure prise par son prédécesseur. "Le président Obama a suspendu durant six mois le programme pour les réfugiés irakiens après que deux Irakiens entrés dans le pays se sont radicalisés et ont planifié le massacre de Bowling Green. Cela n'avait pas été couvert" par les médias, a-t-elle affirmé.

Pas couvert par les médias... Parce qu'il n'y a jamais eu de massacre dans cette petite ville du Kentucky. Deux Irakiens habitant à Bowling Green ont bien été inculpés en 2011 pour avoir essayé d'envoyer de l'argent et des armes à Al-Qaïda, et pour avoir utilisé des bombes artisanales contre des soldats américains lorsqu'ils étaient en Irak. Ils purgent actuellement de longues peines de prison. Après cette affaire, Obama avait ordonné un renforcement des contrôles des antécédents pour les réfugiés irakiens, mais il n'a jamais suspendu le programme d'accueil, a souligné le Washington Post.

Spicer et la fausse attaque iranienne en Mer Rouge

Sean Spicer, quant à lui, confond la marine américaine avec celle de l'Arabie saoudite. Lors d'une conférence de presse, mercredi, le porte-parole de la Maison Blanche tentait de justifier l'avertissement adressé à l'Iran après un tir de missile réalisé par Téhéran, en début de semaine. Mais il s'est emmêlé les pinceaux. Pour insister sur l'urgence de la réaction américaine, Spicer a aussi évoqué, "l'action hostile (de l'Iran) contre un de nos navires".

Sauf que l'agression qu'il évoque a visé une frégate saoudienne. Et elle a été revendiquée par les rebelles yéménites Houthis. Depuis mars 2015, Riyad est à la tête d'une coalition qui combat au Yémen les rebelles Houthis, il est vrai, soutenus par l'Iran.

Au cours de la conférence de presse, un journaliste de CBS News a même repris le porte-parole, note The Intercept: "un vaisseau saoudien". A quoi Spicer a réagi de façon quasi-inaudible, "pardon, oui. Saoudien. Oui, c'est vrai". Mais le porte-parole n'est pas revenu sur son autre erreur, le fait que l'attaque navale a été menée par l'Iran. Dans un premier temps, relève The Intercept, Fox News, la chaîne de référence de l'administration Trump, avait faussement prétendu que la véritable cible de cette attaque était un navire américain.

Ce genre de méprise n'est pas sans danger, alors que l'administration Trump multiplie les rodomontades diplomatiques, rappelle le site d'investigation. En 1964, un incident qui s'était révélé factice, dans le Golfe du Tonkin, avait servi de prétexte à l'engagement massif des Etats-Unis au Vietnam.

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