Les Etats-Unis ont frappé dimanche des milices soutenues par l'Iran à la frontière irako-syrienne, tuant au moins une dizaine de combattants irakiens pro-Iran selon une ONG, en riposte à la multiplication des attaques de drones contre leurs intérêts en Irak.
"Sur ordre du président Biden, les forces militaires des Etats-Unis ont mené des frappes aériennes défensives de précision contre des installations utilisées par des milices soutenues par l'Iran dans la région de la frontière Irak-Syrie", a indiqué le porte-parole du Pentagone John Kirby dans un communiqué.
Des centres opérationnels visés
Ces frappes ont visé des centres opérationnels et des dépôts d'armes situés dans deux endroits en Syrie et dans un endroit en Irak, selon le Pentagone.
"Les cibles ont été sélectionnées car ces installations sont utilisées par des milices soutenues par l'Iran qui sont impliquées dans des attaques à l'aide de véhicules aériens non-habités (UAV) contre des personnels et des installations américaines en Irak", a ajouté le porte-parole du Pentagone.
Sept combattants tués
Au moins sept combattants irakiens ont été tués et six blessés, a affirmé l'l'Observatoire syrien des droits de l'homme ayant un vaste réseau de sources en Syrie, pays en guerre depuis 2011 où plusieurs milices armées étrangères, notamment d'Irak, ont combattu au côté du régime de Bachar al-Assad. Toujours selon l'ONG, les raids ont détruit un entrepôt et une position de milices irakiennes membres du Hachd al-Chaabi près de la ville de Boukamal, dans l'est syrien non loin de la frontière irakienne. Selon l'agence officielle syrienne Sana, un enfant a été tué et au moins trois personnes blessées.
A Bagdad, le Hachd al-Chaabi, fer de lance de l'anti-américanisme en Irak, a reconnu dans un communiqué la mort d'une "poignée de combattants" dans des frappes américaines en Irak. "Nous vengerons le sang de nos martyrs (...) Nous avons déjà dit que nous ne resterions pas silencieux face à la présence des forces d'occupation américaines qui va à l'encontre de notre constitution et du vote des députés (...)", a-t-elle averti.
La coalition faisait allusion au vote du Parlement irakien en janvier 2020 - jamais mis en oeuvre - réclamant l'expulsion des 2500 soldats américains toujours déployés en Irak et qui faisaient partie d'un contingent plus important venu prêter main forte aux forces irakiennes dans la guerre contre les djihadistes.
Quatre membres de Kataëb Sayyed al-chouhada, une faction du Hachd al-Chaabi, ont péri dans les frappes américaines menées dans la région d'Al-Qaïm, dans l'extrême ouest de l'Irak, à la frontière syrienne, ont affirmé des sources du Hachd. Il n'était pas possible de déterminer dans l'immédiat si ces quatre morts étaient inclus dans le bilan des sept décès annoncés par l'OSDH.
L'Irak dénonce les frappes
Le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi a dénoncé lundi les frappes américaines estimant qu'il s'agissait d'une "violation flagrante de la souveraineté" de son pays.
"Nous réitérons notre refus de voir l'Irak comme un terrain pour régler les comptes et sommes attachés à notre droit d'empêcher que (le pays) ne soit utilisé comme un champ d'agressions et de représailles", a ajouté Moustafa Kazimi dans un communiqué de son bureau, en appelant à "la retenue et à éviter l'escalade".
Deuxième opération depuis Biden
Il s'agit de la deuxième opération de ce genre menée contre des milices pro-iraniennes en Syrie par les Etats-Unis depuis l'arrivée au pouvoir du président Joe Biden en janvier. Une frappe dans l'est de la Syrie a tué en février plus d'une vingtaine de combattants, selon l'OSDH.
Les intérêts américains en Irak ont été la cible d'attaques répétées ces derniers mois. Le Hachd al-Chaabi dément agir hors d'Irak, mais certaines de ses factions combattent - en leur nom propre - au côté du régime syrien. Ces factions sont implantées dans l'est syrien où les transferts d'armes transfrontaliers sont monnaie courante.
Le Hachd, ennemi des Etats-Unis
Depuis le début 2021, plus de quarante attaques ont visé les intérêts des Etats-Unis en Irak et les Etats-Unis accusent le Hachd ou des factions membres de cette coalition. Le Hachd salue régulièrement les attaques anti-américaines, mais n'en revendique pas la responsabilité.
Créé en 2014 et intégré en 2016 aux troupes régulières, le Hachd a aujourd'hui la haute main en Irak, où l'Iran voisin et les Etats-Unis sont des puissances agissantes, selon des experts. A Téhéran, le porte-parole des Affaires étrangères iranien, interrogé sur les frappes, a estimé que "ce que font les Etats-Unis perturbe la sécurité dans la région".
La difficulté des drones
L'utilisation nouvelle des drones est un casse-tête pour la coalition car ces engins volants peuvent échapper aux batteries de défense C-RAM, installées par l'armée américaine pour défendre ses troupes contre les attaques de roquettes.
Un drone "chargé de TNT", selon les autorités kurdes, s'est ainsi écrasé en avril sur le QG de la coalition à l'aéroport d'Erbil (nord). Un "drone piégé" s'est également écrasé en mai sur la base aérienne irakienne d'Aïn al-Assad (ouest) abritant des Américains.
Et début juin, trois drones ont visé l'aéroport de Bagdad, en Afghanistan, où sont aussi déployés des soldats américains, et cinq roquettes ont été tirées sur une base aérienne où opèrent des entreprises américaines.
Escalade en Irak
Le recours à cette technique, sur le modèle des attaques menées par les rebelles yéménites houthis, pro-Iran, contre l'Arabie saoudite, constitue selon les experts le signe d'une escalade en Irak.
Preuve que Washington s'inquiète de ce nouveau développement, le gouvernement américain a annoncé début juin offrir jusqu'à trois millions de dollars pour des informations sur ces attaques.
Les frappes de dimanche constituent "une action nécessaire, appropriée et délibérée pour limiter le risque d'escalade, mais aussi pour envoyer un message de dissuasion clair et sans ambiguïté", a indiqué le porte-parole du Pentagone.
Tensions entre l'Iran et les Etats-Unis
L'Iran est sous le coup d'une série de sanctions économiques américaines à cause de son programme nucléaire, soupçonné par Washington d'avoir des visées militaires. La République islamique est également accusée par les Etats-Unis de violations des droits humains et de soutien au terrorisme.
Les frappes américaines interviennent au moment où plusieurs pays tentent de faire revenir les Etats-Unis au sein de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015, dont l'ancien président américain Donald Trump avait unilatéralement retiré son pays en 2018.
