Cela n'a pas trainé. Dès l'annonce de l'extraordinaire perquisition du FBI à Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump en Floride, ses partisans chauffés à blanc ont dénoncé une vendetta politique et appelé aux armes sur les réseaux sociaux. "Demain c'est la guerre. Dormez bien", a tweeté le podcasteur Steven Crowder à ses 2 millions de fidèles. "J'ai déjà acheté les munitions", a clamé un utilisateur sur un forum pro-Trump . "Guerre civile ! Prenez les armes !", a lancé un autre. "Quand est-ce qu'on commence à tirer ?", a renchéri un troisième. Pour l'instant, à part quelques douzaines d'individus qui manifestent devant Mar-a-Lago, les trumpistes sont restés chez eux.

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Cela n'empêche pas l'appel à la violence contre le juge qui a signé le mandat de perquisition et Merrick Garland, le ministre de la Justice. "Garland doit être assassiné. Aussi simple que ça,", écrit un partisan de l'ancien président. "Dézinguons tous les agents fédéraux", ajoute un autre. "Les messages sur ces forums pro-Trump sont aussi violents que tout ce que j'ai vu, même avant le 6 janvier et la prise du Capitole. Peut être même davantage", estime Ben Collins, un journaliste de NBC qui suit les réseaux sociaux trumpistes.

Les élus républicains volent à son secours

Le plus effrayant, c'est qu'au lieu de calmer le jeu, les élus républicains ont adopté une réthorique tout aussi virulente et font monter l'hystérie. "Utiliser le pouvoir de l'Etat pour persécuter les adversaires politiques est quelque chose que l'on voit beaucoup dans les dictatures du tiers-monde", a déclaré Marco Rubio, sénateur de Floride. D'autres élus ont comparé le gouvernement fédéral à la "Gestapo", à une "république bananière"... Et menacent de représailles s'ils reprennent le Congrès à l'automne. Kevin McCarthy, le chef de file des Républicains à la Chambre, est allé jusqu'à publiquement mettre en garde le ministre de la Justice : "Gardez bien tous vos documents et faites de la place dans votre emploi du temps", laissant entendre qu'il allait lancer moult enquêtes et le faire comparaitre.

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On ne sait pas grand chose des raisons de cette perquisition. Elle semble liée au fait que Donald Trump aurait emporté avec lui des documents classés "secret-défense", ce qui est illégal. Selon la loi, les lettres, emails et toute communication écrite du Bureau ovale doivent être conservés aux Archives nationales. Le Département de la Justice a déjà agressivement poursuivi et puni des individus soupçonnés d'avoir mal géré des dossiers sensibles, dont le général David Petraeus, ancien directeur de la CIA de 2011 à 2012. Mais au lieu d'adopter une attitude prudente en attendant de savoir si Trump a violé ou non la loi, les Républicains ont préféré voler à son secours et attaquer bille en tête le FBI, le ministère de la Justice et le "régime tyrannique". Même s'ils ne croient pas tous à son innocence, ils y voient cyniquement un moyen d'exploiter la rage de leurs troupes et de les mobiliser pour les élections de novembre.

Ironiquement, ces mêmes Républicains vent debout contre la perquisition sont les mêmes qui en 2016, avaient appelé le FBI à enquêter sur Hillary Clinton et scandaient partout : "Mettez-la en taule !". Alors qu'elle était secrétaire d'Etat, Hillary Clinton avait utilisé une adresse privée pour des emails professionnels dont certains contenaient des infos sensibles.

La réaction unanime de défense en faveur de Trump, y compris de la part de ses rivaux potentiels, montre qu'il a plus que jamais la main mise sur le parti. En témoignent les résultats des primaires dans de nombreux Etats ces derniers mois qui ont vu la victoire de beaucoup de candidats qu'il soutenait.

Trump de nouveau au centre du jeu

La campagne de Trump a profité de cette "chasse aux sorcières", comme il la qualifie, pour envoyer aussitôt à ses partisans une série d'emails et lever des fonds. Même s'il se plaint qu'on lui ait forcé son coffre fort, l'ex-président toujours ravi d'occuper le devant de la scène estime que cette affaire est une aubaine. Elle lui permet de se présenter comme un martyr persécuté par les démocrates et de consolider ainsi l'unité derrière lui.

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Mais cela ne ravit pas l'establishment du parti, qui souhaitait focaliser les élections de novembre sur l'inflation, l'économie et l'impopularité de Joe Biden. De nouveau, c'est Donald Trump, personnage hautement controversé, qui se retrouve au centre des débats. Quant à ses adversaires possibles pour les primaires de 2024, ils doivent faire grise mine. "Ça ne peut pas être plus clair. Si aujourd'hui, Trump veut être candidat, je ne vois pas ce qui pourrait l'en empêcher," résume dans le magazine Politico, John Thomas, un stratège politique allié à Ron DeSantis, le gouverneur de Floride et présidentiable potentiel. "Ça va être un couronnement, pas une primaire".

Reste une grande question : que va-t-il se passer si la perquisition met à jour des caisses de documents sensibles ? Donald Trump pourrait être poursuivi et condamné, mais il y a peu de chances que cela l'empêche de se représenter.