Paris et Londres s'écharpent depuis de longues années au sujet de l'immigration illégale. En arrière-plan défilent les drames. Le dernier en date, mercredi : 27 personnes sont mortes dans une tentative de rallier le Royaume-Uni par la Manche, depuis la France. Un très lourd bilan, jamais-vu depuis trois ans. Parmi les victimes figurent 17 hommes, sept femmes et trois "jeunes" passagers, que l'on imagine mineurs. Seulement deux survivants : un Irakien et un Somalien. Cette tragédie était, hélas, prévisible. Le nombre de traversées n'a jamais été aussi élevé depuis le début de l'année. Un record est tombé, le 11 novembre, avec 1185 arrivées sur le sol britannique en une seule journée.

Après le drame, les critiques n'ont pas tardé à fuser. "Nous avons eu des difficultés à persuader certains de nos partenaires, notamment les Français, à prendre les mesures que la situation réclame. Il est désormais temps d'intensifier nos efforts, de travailler ensemble et de tout faire pour mettre fin aux activités des gangs de passeurs meurtriers", a soufflé le Premier ministre britannique Boris Johnson, "révolté". Une partie de la presse anglophone est encore plus directe.

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Le quotidien gratuit Metro met en avant la responsabilité des autorités françaises : "Pourquoi la France ne les a pas arrêtés ?". Avec, en fond, une photo de migrants embarquant sous l'oeil d'une patrouille de police.

Le virulent tabloïd The Sun titre avec la même photo et le mot "Honteux". Les "policiers français regardant paresseusement des radeaux de migrants se diriger vers le Royaume-Uni", écrit-il. "La France doit envoyer une armée de flics pour les enfermer, car le Royaume-Uni leur a versé 54 millions de livres pour cela", poursuit crûment le quotidien.

Le Daily Mail ainsi que le Daily Express reformulent l'expression utilisée par Boris Johnson et titrent, comme une remontrance adressée à la France et à son président Emmanuel Macron : "Vous laissez les passeurs s'en tirer avec ces meurtres". En couverture : la même image que les autres. Le message est clair.

"Il y aura sûrement d'autres tragédies"

Le reste de la presse anglophone est toutefois plus mesuré. Le Daily Telegraph, The Independant ou encore le Guardian titrent tous, sobrement, sur le terrible bilan humain. Le Guardian alerte sur le total affolant de 25 700 personnes qui ont tenté, à ce jour, de traverser la mer séparant les deux pays. Trois fois le total de 2020. "Chaque mort dans la Manche est une tragédie humaine", rappelle The Independant.

Ces journaux appellent les deux pays à une meilleure collaboration sur la question de l'immigration. "Les deux parties se blâment depuis aussi longtemps que la crise des petits bateaux existe, et ce n'était pas différent la semaine dernière, lorsque l'engagement de mettre fin à de telles traversées s'accompagnait d'inévitables querelles sur qui manquait à son devoir", blâme notamment le Telegraph. "Si la Grande-Bretagne et la France ne peuvent établir une relation efficace, de confiance sur les traversées des petits bateaux, il y aura sûrement d'autres tragédies", pointe-t-il encore.

The Economist considère toutefois la situation "alarmante" pour Boris Johnson, "qui a fait campagne pour le Brexit en promettant de 'reprendre le contrôle' des frontières britanniques", écrit-il. "Près de 60% des électeurs conservateurs disent que l'immigration ou l'asile est l'un des trois principaux problèmes auxquels le pays est confronté. Près de 80% disent que le gouvernement gère mal le problème", analyse encore l'hebdomadaire économique.

La menace se précise sur le flanc droit du Premier ministre. En début de semaine, Nigel Farage, leader populiste, parmi les fondateurs du Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) en 1993, a déclaré que cette crise des migrants pourrait le faire sortir de sa retraite. Ce printemps, la figure du Brexit avait annoncé mettre un terme à sa vie politique.