La Chine n'est pas près de lâcher le Tibet, ce "Toit du monde" stratégique qui lui permet de dominer l'Asie, estiment des analystes.
"Le Tibet est très important pour la Chine à la fois stratégiquement et militairement", explique Andrew Fischer, un économiste spécialiste du Tibet, à l'Institut des études sur le développement de Londres.
Sur les émeutes tibétaines
Reuters 
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Plateforme stratégique pour dominer l'Asie
"Ce rôle s'explique en termes de sécurité nationale, il est important pour les Chinois de rester tout en haut des montagnes, plutôt que d'avoir une arrière-cour qu'ils ne contrôleraient pas", ajoute-t-il.
"Le Tibet, qui a toujours servi de tampon -- autrefois entre les Britanniques, la Russie et la Chine--, leur sert maintenant de plateforme d'où ils dominent toute l'Asie", dit Anne-Marie Blondeau, chercheur au Centre de documentation sur l'aire tibétaine de Paris.
Pour l'analyste politique Joseph Cheng, basé à Hong Kong, "avec un Tibet indépendant, la Chine serait très menacée par l'Inde et les pays occidentaux". Mardi, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a en effet reconnu que le Tibet était une question "sensible" dans les relations entre la Chine et l'Inde.
Berceau de nombreux fleuves et de ressources minières
D'autres raisons peuvent être avancées, en particulier les ressources naturelles, le Tibet étant notamment le berceau de nombreux fleuves de Chine et d'Asie du Sud.
"Il y a les ressources en eau considérables et dans une moindre mesure les ressources minières", constate Mme Blondeau. Pour Andrew Fischer, ces ressources minières ne représentent pas encore une explication décisive. "Jusqu'à récemment, on ne peut pas dire que c'était une explication, car elles étaient moins importantes que les sommes d'argent dépensées au Tibet par les Chinois", dit l'expert.
Mais "il y a toutes ces raisons mêlées qui font que jamais ils ne lâcheront le Tibet", résume Blondeau.
Une question de principe idéologique
Pour cette dernière, il existe également une "question idéologique". "La Chine en a fait une question de principe, il leur est intolérable que des gouvernements étrangers puissent s'ingérer dans ses affaires intérieures", juge-t-elle.
Le discours chinois sur le Tibet, revendiquant le territoire comme une partie de la Chine "depuis les temps anciens", est né au XIXe siècle sous la dynastie Qing (1644-1911). Et ce discours sera repris par la suite par le Parti communiste et son adversaire, le Kuomintang.
"Il était important à la fois pour les nationalistes et les communistes de maintenir les frontières de l'empire mandchou. C'est pour cela qu'ils ont développé cette rhétorique nationaliste, selon laquelle la Chine est composée de cinq nations: les Ouïgours, les Tibétains, les Mongols, les Mandchous et les Han", explique Fischer.