Un "vent glacial s’est abattu" sur la liberté de la presse et les droits de l’homme en Chine, constate Reporters sans frontières dans son rapport annuel de l’organisation. A six mois des Jeux Olympiques de Pékin, du 8 au 24 août prochains, les autorités ont "appelé les services de sécurité à intensifier la répression contre les 'forces hostiles', notamment les mouvements séparatistes et les dissidents".
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Les "prisonniers des Jeux"
Ces derniers sont désignés comme des "prisonniers des Jeux olympiques". "Chaque journaliste libéré est immédiatement remplacé par un autre. (...) Il est à parier que les dissidents chinois ne seront pas à la fête, eux, pendant l’été", écrit aussi l’organisation qui, opposée depuis le départ à l’attribution de JO 2008 à la ville de Pékin, mène une campagne active sur le thème "Pékin 2008".
Aucune amélioration en vue donc, selon l’organisation qui liste neuf revendications majeures sur son site internet, dont la libération des journalistes et internautes emprisonnés. Pire, elle soutient que le nombre de journalistes emprisonnés en Chine populaire est passé de 14 à 32 depuis 2001 et que les autorités surveillent toujours de plus près les internautes.
Concourir et se taire?
"Hormis le Comité international olympique (CIO), plus personne ne semble croire à un geste fort des autorités chinoises dans le domaine des droits de l’homme avant la cérémonie d’ouverture". Ce silence et le "manque de courage" du CIO, selon l’organisme, jettent le discrédit sur les valeurs de l’olympisme. Et mettent en valeur la polémique sur l’autorisation, ou non, des athlètes à s’exprimer sur des thèmes sensibles.
Selon l'hebdomadaire britannique Mail on Sunday paru dimanche, le Comité olympique britannique (BOA) a demandé à ses athlètes de signer un contrat dans lequel ils s'engagent à ne pas s'exprimer sur des sujets comme les droits de l’homme en Chine. Le BOA avait immédiatement démenti vouloir censurer ses athlètes.
La plupart des autres Comités olympiques européens ont indiqué que leurs représentants seraient libres de s'exprimer à Pékin. "Chacun fait ce qu'il veut, on est en démocratie", a ainsi déclaré Bernard Laporte, secrétaire d'Etat aux Sports. "Nous ne musellerons pas nos athlètes", a affirmé de son côté le président du comité olympique suédois.
Le boycott, une "arme à double tranchant"
Mais, de fait, la charte du Comité international olympique (CIO) n'autorise "aucune sorte de manifestation, ou de campagne politique, religieuse ou raciale sur les sites olympiques". Alors faut-il concourir et se taire? Ou, faute d’amélioration, boycotter les JO de Pékin cet été?
Le réalisateur américain Steven Spielberg, conseiller artistique pour ces JO, lui, a choisi: il boycotte et laisse tomber ce poste. "J'estime que ma conscience ne me permet pas de continuer mes activités comme si de rien n'était", a-t-il annoncé mardi, en protestation notamment contre la politique de la Chine envers le Soudan et le conflit au Darfour.
On est encore loin d’un boycott des délégations nationales. D’autant que, politiquement, il pourrait devenir "une arme à double tranchant", explique Jean-Philippe Béda, chercheur au CERI. "Le gouvernement chinois pourrait utiliser à son avantage ce boycott en disant au peuple chinois: "Voyez, le monde ne veut pas que nous relevions la tête"."
HRW: les sponsors devraient faire pression
Les JO ne peuvent servir de tribune et un boycott pourrait s’avérer inefficace… Un véritable casse-tête pour les défenseurs des droits de l’homme qui, faute peut-être de pouvoir le faire en août à Pékin, invitent les comités olympiques, les athlètes et toute autre personnalité à s’exprimer dès à présent.
L'organisation Human Rights Watch (HWR) demande ainsi aux étrangers de faire pression sur la Chine en matière de droits de l'Homme, arguant que "les entreprises sponsors olympiques mettent leur réputation en jeu" si elles ne travaillent pas en ce sens.