"Où va l'Amérique ?". Tel est le thème à l'honneur des 7e Rencontres géopolitiques de Trouville-sur-Mer (Calvados), organisées en partenariat avec L'Express, à partir de ce samedi 1er octobre, par le géopolitologue Frédéric Encel. Durant deux jours, des experts échangeront sur les relations entre Pékin et Washington, sur la résurrection de l'OTAN, ou encore sur les enjeux des "Midterms", ces élections de mi-mandat qui se tiennent le 8 novembre prochain aux Etats-Unis. Aussi, une table ronde sera consacrée au trumpisme, un an et demi après l'assaut du Capitole. Maître de conférences à l'Université Paris 2 Panthéon-Assas et spécialiste des Etats-Unis, Jean-Eric Branaa estime que Donald Trump commence à sérieusement lasser l'électorat républicain et qu'il n'est pas le candidat naturel du parti aux élections présidentielles de 2024.
L'Express : Ce mercredi 28 septembre, vous avez écrit sur Twitter : "Le trumpisme prend l'eau et en cas d'échec le 8 novembre, c'en est fini de toutes les chances de Trump". Pouvez-vous expliciter cette phrase ?
Jean-Eric Branaa : Donald Trump et ses soutiens véhiculent une histoire : l'ancien président serait en position de force au sein du parti républicain et les candidats qu'il soutenait lors des primaires auraient été choisis par les militants pour représenter le parti aux "Midterms", enfin tout serait ouvert pour qu'il soit candidat aux élections présidentielles de 2024. Je prétends que c'est faux. D'abord, Donald Trump n'est plus au pouvoir, il ne dispose donc pas d'une grande marge de manoeuvre, d'autant qu'il ne peut plus s'exprimer sur Twitter. Ensuite, les résultats des primaires nous montrent que l'influence de Trump n'est pas si grande. Seulement une centaine de candidats en course sont défendus par Trump. Certains de ses ennemis au sein du parti ont même gagné les primaires contre des candidats trumpistes. C'est par exemple le cas en Géorgie avec les élections du gouverneur Brian Kemp et du secrétaire d'Etat Brad Raffensperger.
Enfin, ceux qui ont été élus avec le soutien de Donald Trump l'ont souvent été difficilement. En Arizona, un Etat normalement acquis à Trump, son candidat n'a obtenu que 40% des voix. Or, on parle bien d'une primaire, c'est-à-dire du vote de la base militante du parti. Ce sont des signes inquiétants pour lui. Un sondage de la chaîne NBC publié mercredi indique que 56% des électeurs républicains ne veulent pas être étiquetés trumpistes. Beaucoup de républicains se lassent de lui, de ses provocations, de son personnage transgressif.
Si Trump est en mauvaise posture, quelles figures du parti républicain pourraient émerger en vue de l'élection présidentielle ?
J'en vois deux. Je pense à Ron DeSantis, le gouverneur de Floride. C'est une sorte de Trump miniature qui dispose de moyens d'action du fait de son poste. Son audience grandit au sein des partisans républicains. Il applique les recettes de Trump, notamment en instrumentalisant les migrants, mais est plus jeune et plus flamboyant. Aussi, il y a Mike Pence, l'ancien vice-président de Trump. Il est très actif durant cette campagne des "Midterms", parcourant les Etats-Unis pour soutenir des candidats. Son atout est d'être très apprécié de l'Eglise évangélique, dont il fait partie et qui constitue un véritable lobby. Le combat entre les deux s'annonce assez intense, d'autant qu'il reste une part non-négligeable d'électeurs fidèles à Trump (34%).
Donald Trump est-il persuadé d'être candidat en 2024 ?
Je n'en suis pas sûr. Il l'espère, évidemment, et s'il a une fenêtre d'opportunité, il ira. Le résultat des "Midterms" est crucial. Il faudra suivre le sort de ses candidats : Mehmet Oz en Pennsylvannie, Blake Masters en Arizona, ou encore Herschel Walker en Géorgie. Trump va d'ailleurs se déplacer en Ohio pour faire campagne avec J.D. Vance, ce qu'il n'a jamais fait par le passé. Il a bien compris que ses chances pour 2024 reposaient sur la victoire de ses candidats en novembre prochain. S'ils perdent, tout le monde dira : "Trump a perdu". Il deviendra un loser.
Les affaires judiciaires dans lesquelles Trump est empêtré vont-elles le desservir ?
Elles constituent assurément un facteur aggravant. La commission du 6 janvier sur l'invasion du Capitole et l'enquête du FBI sur le possible stockage de dossiers confidentiels dans la villa de Mar-a-Lago commencent à faire peser sur Donald Trump une réputation de malhonnêteté. On parle de trahison au pays. Les électeurs républicains, qui sont patriotes, attachés à la Constitution, pourraient se détacher de lui. D'autant que ces derniers réclament de plus en plus un parti "propre", fondé sur la loi et l'ordre. Trump ne semble pas être le visage idéal de ce renouveau. De plus, en face d'arguments juridiques implacables, la posture victimaire dont l'ancien président est coutumier risque de ne pas fonctionner.
