En voilà un mauvais joueur. En plus de ne pas reconnaître sa défaite à l'élection présidentielle face à Joe Biden - une position qui perdure encore aujourd'hui - Donald Trump aurait pris le soin d'emmener avec lui, en quittant la Maison-Blanche, une quinzaine de cartons de la Maison-Blanche afin de les stocker dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. C'est ce qu'a révélé le Washington Post, lundi. L'administration a organisé à la mi-janvier le rapatriement de ces documents.

L'affaire est sérieuse et va au-delà de la simple amertume liée à la défaite du milliardaire : à la fin de son mandat, tout président américain doit transmettre l'ensemble de ses e-mails, lettres et autres documents de travail aux Archives nationales, chargées de les conserver.

"La seule façon pour un président d'être vraiment tenu responsable à long terme est de préserver un registre sur qui a dit quoi, qui a fait quoi, quelles politiques ont été encouragées ou adoptées, et c'est une partie si importante de la portée de la responsabilité à long terme - au-delà des seules élections et campagnes", a déclaré l'historienne présidentielle Lindsay Chervinsky, citée par le quotidien.

Qu'est-ce que Donald Trump voulait jalousement garder ? Difficile, pour l'heure, d'être exhaustif. Selon le Washington Post, quelques documents visiblement importants y figuraient, à l'image de sa correspondance enflammée avec le leader nord-coréen Kim Jong-un. Mais aussi une lettre laissée par son prédécesseur Barack Obama, ainsi que quelques cadeaux offerts par des dirigeants étrangers.

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Une question se pose également : Donald Trump a-t-il caché d'autres documents ? Selon les Archives, "des représentants de l'ancien président continuent à chercher des archives présidentielles". La semaine dernière, cette même institution avait déjà révélé que l'ancien président avait pour habitude de déchirer certains de ses documents de travail, une autre pratique contraire à une loi de 1978. Certaines feuilles de papier avaient été "recollées avec du scotch" par "des responsables de la gestion des documents de la Maison-Blanche", d'autres laissées en l'état.

"Enfermez-la"

Ces ennuis restent modestes pour le milliardaire, en comparaison à ceux encourus dans le cadre de l'enquête sur l'assaut du Capitole par ses partisans, le 6 janvier dernier. D'ailleurs, la Cour suprême des Etats-Unis avait déjà rejeté, à la fin du mois de janvier, la demande de Donald Trump de maintenir la confidentialité de ses archives liées à ses agissements ce jour précis. Trump a répondu par une nouvelle invective populiste, suggérant qu'il pourrait gracier des assaillants du Capitole s'il était réélu président, 70 personnes ont déjà été condamnées à ce jour.

Mais ce nouvel exemple prouve à quel point les archives peuvent être utiles dans le cas d'une présidence aussi chahutée - c'est peu de le dire - comme celle de Donald Trump, pour laquelle des historiens avaient déjà alerté, en décembre 2020, de possibles échappements volontaires de données sensibles.

Cette découverte plombe enfin un peu plus la crédibilité du candidat. Car elle fait également écho à une autre affaire, celle des e-mails d'Hillary Clinton, qui avait empoisonné la campagne pour la Maison-Blanche de la démocrate, en 2016. "Enfermez-la !", scandait vertement son adversaire... Donald Trump. Pour rappel, Hillary Clinton avait eu le tort d'utiliser une autre adresse e-mail pour enregistrer ses conversations comme secrétaire d'Etat (équivalent aux Affaires étrangères en France). Une grave entorse à la loi, et en partie à celle concernant l'archivage des échanges menés ici et là, potentiellement confidentiels.

Pour la défense de Donald Trump, il n'est cependant pas le seul à avoir enfreint le Presidential Records Act. "Toutes les administrations récentes ont commis des infractions à cette règle, le plus souvent en raison de l'utilisation de comptes de messagerie et de téléphone non officiels", souligne le Washington Post. Les Clinton s'étaient aussi évaporés de la Maison-Blanche avec du mobilier déclaré comme des "cadeaux personnels". Mais la période Trump aura sans nul doute été la plus délicate en la matière, assurent les Archives, au moins depuis la période Nixon (1969-1974), un autre ancien président républicain, tombé après un scandale, le Watergate...à partir duquel était justement né le Presidential Records Act.