"Dois-je m'attendre à de bonnes ou mauvaises nouvelles pour nos ambitions communes en matière de sous-marins ?". Le message est signé du président français Emmanuel Macron. Il est adressé à son homologue australien Scott Morrison. La date : deux jours avant l'annonce de l'accord Aukus, le 15 septembre. La presse australienne a révélé l'existence de ce texto - dont la teneur est confirmée par l'Elysée - lundi soir. Le ton inquiet du message symboliserait, d'après une source anonyme du Daily Telegraph, à l'origine de ces révélations, le fait qu'Emmanuel Macron était au courant que "le contrat du siècle" portant sur la vente de 12 sous-marins d'attaque, conclu il y a cinq ans, vivait alors ses dernières heures.

Dimanche, Emmanuel Macron affirmait de son côté que le Premier ministre australien lui avait menti. "Je ne pense pas, je sais", a confié le président en marge du G20 à Rome. La surprise était totale, indiquent les autorités françaises depuis le début de cette crise diplomatique majeure, qui a également refroidi les relations avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

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Si le dialogue avec le président américain a depuis repris, ces nouveaux soubresauts dans l'affaire Aukus éloignent un peu plus l'hypothèse d'une réconciliation entre la France et l'Australie.

"Curieuse méthode"

Interrogé par le média ABC, Scott Morrison n'a pas souhaité commenter l'affaire. L'Elysée est en revanche plus bavard. "Divulguer le SMS d'un échange entre chefs d'Etat ou de gouvernement, c'est une méthode assez inélégante et particulière. Jamais le président de la République ne s'aviserait à divulguer ce genre de communication. Et cela n'est pas de nature à améliorer les relations entre la France et l'Australie", a affirmé une source du palais présidentiel au Parisien.

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Le Daily Telegraph évoque aussi "plusieurs coups de fil" prétendument passés par le Premier ministre australien Scott Morrison, ignorés à Paris. Sur ce point, l'Elysée contre-attaque. "Il y a eu un seul appel, c'était un mercredi. A 11 heures. Or, le président était en plein Conseil des ministres à ce moment, il ne pouvait pas répondre", justifie l'Elysée.

LCI complète : les services français auraient d'ailleurs appris la rupture du contrat le jour même de ce coup de fil, ce qui laisse supposer que celui-ci est intervenu le mercredi 15 septembre, deux jours après le texto d'Emmanuel Macron, dont on ignore s'il a fait l'objet d'une réponse écrite.

La manoeuvre australienne laisse donc (très) perplexe l'exécutif. "On a du mal à comprendre, car le SMS est en notre faveur", souffle l'Elysée à la chaîne d'info. A l'AFP, l'entourage du chef de l'Etat jure qu'une autre issue était possible. "Nous ne savions pas qu'ils voulaient changer de stratégie en optant pour le nucléaire, sinon nous aurions fait une proposition. Nous dire qu'ils voulaient changer de stratégie était la moindre des choses." Une politesse appréciée, pour un arrangement évalué à plus de 50 milliards d'euros.