Les frégates grecques aideront-elles la France à oublier l'affront des sous-marins australiens ? Dix jours après le choc de la rupture par l'Australie d'un important contrat d'armement, la France a signé ce mardi un accord pour vendre trois frégates à la Grèce. Il s'accompagne de l'établissement d'un "partenariat stratégique" entre Paris et Athènes en Méditerranée. L'accord a été signé à l'Elysée entre Emmanuel Macron et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.

Les trois frégates de défense et d'intervention sont baptisées Belharra à l'export. Elles seront construites en France par Naval Group, à Lorient, dans le Morbihan, pour être livrées à la marine grecque en 2025 et 2026. L'accord porte également une quatrième frégate en option.

Le montant du contrat qui doit être signé "d'ici la fin de l'année" est "de l'ordre de trois milliards d'euros", selon le ministère français des Armées. Outre les navires, il comprend la fourniture par le fabricant de missiles MBDA de leurs armements (missiles anti-aériens Aster, anti-navires Exocet et des torpilles) et des prestations de soutien sur trois ans.

Clause d'assistance mutuelle

Kyriakos Mitsotakis a souligné que cet accord répondait "aux besoins" de la Grèce, qui renforce son programme d'armement pour contrer les provocations turques dans l'est de la Méditerranée, contre lesquelles la France est un des rares pays de l'UE à avoir protesté publiquement ces dernières années. "La France a été à nos côtés durant la période difficile de l'été 2020", a souligné le Premier ministre, tout en précisant que cet accord n'était "pas antagoniste" vis-à-vis de la Turquie. A Ankara, le ministère turc de la Défense s'est contenté d'indiquer avoir "pris note" de cette annonce.

L'accord stratégique prévoit une clause d'assistance mutuelle par "tous les moyens appropriés" si les deux pays "constatent conjointement qu'une agression armée survient contre le territoire" de l'un des deux, selon le porte-parole du ministère français des Armées, Hervé Grandjean. Pour Emmanuel Macron, le renforcement du partenariat avec la Grèce "s'inscrit en parfaite en cohérence et dans le plein respect de nos engagements à l'UE et à l'Otan".

Sixième client à l'export d'armement français

Ce nouveau contrat vient renforcer les importantes commandes d'armement français par la Grèce. En effet, selon un rapport annuel du ministère des Armées au Parlement, Athènes était en 2020 le 6e exportateur d'armes françaises. Sur les 4,9 milliards d'euros de prises de commande (contrats signés et entrés en vigueur) auprès de la France, celle de la Grèce représente 282,6 millions d'euros en 2020 (contre 4,9 l'année précédente), ce qui la place juste en dessous de l'Inde (285,2 millions d'euros en 2020).

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Fin 2020 a abouti une négociation pour la vente de 18 avions de combat Rafale - 12 d'occasion et six neufs - à l'armée de l'Air grecque, représentant 2,5 milliards d'euros. Les contrats ont été signés le 25 janvier 2021 à Athènes par les ministres française et grec des Armées. C'était "la première fois" qu'un avion Rafale était vendu à un pays européen, indique le ministère dans son rapport au Parlement. Plus tôt ce mois-ci, la Grèce a annoncé qu'elle avait l'intention d'acquérir six Rafale supplémentaires.

Le ministère des Armées précise que la France et la Grèce ont participé à des exercices communs en août (avec l'Italie et Chypre) et en décembre (avec l'Égypte) 2020. Deux autres ont suivi en mars et en avril 2021. Avec la nouvelle commande, la Grèce devient par ailleurs le premier client étranger à être doté des frégates de défense et d'intervention Belharra. La France doit avoir sa première, sur cinq commandées, en 2024.

La zone Europe, principale destination des ventes françaises

La Grèce et le Royaume-Uni (4e client) sont les seuls pays européens à faire partie des dix plus gros exportateurs d'armement français en 2020. Toutefois, le rapport du ministère souligne que les prises de commandes de la zone Europe représentent pour cette période 25% du total - soit 15% pour l'Union européenne (UE) et 10% pour les autres pays. Elle est donc "la principale destination des exportations françaises" en 2020.

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Une place qui va dans le sens des ambitions de l'exécutif pour la défense européenne. Revenant pour la première fois sur l'annulation par l'Australie de l'énorme contrat de sous-marins de 55 milliards d'euros, Emmanuel Macron a affirmé que cette décision aurait des conséquences "limitées" sur les entreprises françaises concernées, dont Naval Group. Les sous-marins, a-t-il expliqué, devaient être en grande partie fabriqués en Australie. "Les Européens doivent sortir de la naïveté", a par ailleurs affirmé le chef de l'Etat, en appelant les Européens à "montrer" qu'ils "ont aussi la puissance et la capacité à (se) défendre".

"Les Etats-Unis d'Amérique sont des grands amis historiques et des alliés en termes de valeurs, mais nous sommes obligés de constater que, depuis plus de dix ans, les Etats-Unis d'abord se concentrent sur eux-mêmes, et ont des intérêts stratégiques qui se réorientent vers la Chine et le Pacifique. C'est leur droit, c'est leur propre souveraineté. Mais nous commettrions une terrible erreur à ne pas vouloir en tirer toutes les conséquences pour nous-mêmes", a prévenu le président. Dans ce cadre, le partenariat renforcé avec Athènes représente, selon lui, un "premier pas audacieux vers l'autonomie stratégique européenne", thème qu'il entend porter durant la présidence française de l'UE à partir du 1er janvier, avant la présidentielle en France.