Le manque d'activité physique pourrait coûter très cher aux gouvernements. Selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) publié ce mercredi 19 octobre, le coût annuel de la sédentarité s'élève à 27,4 milliards de dollars et 500 millions de nouveaux cas de maladies non transmissibles évitables et de maladies mentales sont attendus d'ici 2030. Les dépenses liées à dépression, la démence et l'hypertension représenteront environ 70 % de cette somme. L'étude montre à quel point l'inactivité physique s'impose comme l'un des maux du siècle. Si les gouvernements ne prennent pas des mesures urgentes pour encourager l'activité physique chez leurs populations le fléau toucherait près d'un humain sur quinze.

"Nous avons besoin que davantage de pays intensifient la mise en oeuvre de politiques visant à aider les gens à être plus actifs grâce à la marche, au vélo, au sport (...). Les avantages sont énormes, non seulement pour la santé physique et mentale des individus, mais aussi pour les sociétés, l'environnement et l'économie", a appelé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS. L'obésité croissante, les mauvais régimes alimentaires et le manque d'activité physique suscitent de plus en plus d'inquiétudes, alors que 81 % des adolescents et 27 % des adultes n'atteignent pas les niveaux d'activité physique recommandés et que les dépenses de santé montent en flèche.

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Il est donc urgent de mener une politique globale qui agit sur "le problème systémique" de l'inactivité physique, insiste le professeur Jean-Michel Oppert, du département endocrinologie et métabolisme de l'hôpital Pitié-Salpêtrière. "Les maladies liées à l'inactivité ne sont pas seulement réservées aux sociétés riches. Elles sont l'apanage de tous les pays désormais", constate le médecin. Pour L'Express, il revient sur les mécanismes qui préviennent l'apparition de l'obésité ou des maladies cardiovasculaires, et met en avant les solutions portées par l'étude de l'OMS.

L'Express : En quoi l'inactivité physique peut-elle être à l'origine de maladies chroniques comme le diabète ?

Jean-Michel Oppert : L'inactivité physique, qui débute en deçà d'un seuil hebdomadaire de 150 minutes d'activité physique modérée, est associée à des pathologies et un tas de maladies non transmissibles. Ne pas être actif favorise l'apparition du diabète, des maladies cardiovasculaires ou de l'obésité. Au contraire, l'activité physique stimule le système immunitaire et joue sur les infections. Comme nous l'avons vu avec le Covid-19, les personnes en surpoids avaient davantage de chances de contracter des formes graves du virus, voire de décéder.

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Il s'agit donc d'un agent préventif efficace...

Oui, d'autant qu'il est très intéressant d'observer que l'activité joue un rôle dans la prise en charge des maladies non transmissibles. Le sport aide les malades. L'activité physique est essentielle pour la régulation du diabète, et elle est importante quand vous êtes cardiaque également. Il a par ailleurs été prouvé que l'activité physique participe à la non-récidive du cancer du sein.

L'étude de l'OMS évoque aussi le fait que ces maladies pèsent sur les systèmes de santé. Elles coûteront 27 milliards d'euros par an d'ici 2030...

Ce qui pèse sur les systèmes de santé, ce sont les maladies chroniques. L'intérêt de ce rapport est son échelle mondiale. La pression qu'engendrent les MNT touche l'ensemble des hôpitaux. Dans les pays en développement, ces pathologies sont croissantes et deviennent centrales au même titre que les maladies infectieuses. Dans les pays dits plus développés, l'amélioration des traitements et des conditions d'accès aux soins font que les maladies chroniques prennent une part considérable.

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Les maladies liées à l'inactivité ne sont donc pas seulement réservées aux sociétés riches. Avec les transformations des pays en développement, on observe une mutation de l'organisation du travail et une urbanisation qui entraînent des changements d'habitude de vie et perturbent l'activité physique. Il est donc vital de réfléchir à une autre répartition du temps de travail pour favoriser l'activité.

Justement, que faut-il faire pour amplifier l'activité physique et ainsi réduire les maladies chroniques non transmissibles ?

Le rapport décrit très bien tous les engagements qu'il est nécessaire de prendre. Il y a des actions individuelles et collectives à mener. C'est la combinaison entre les deux qui fera réduire la survenue des MNT. Il faut qu'il y ait des plans visant à généraliser l'activité en favorisant la pratique du vélo ou de la marche.

Il faut également repenser les aménagements de plusieurs aires urbaines de façon à faciliter le déplacement par la marche. L'OMS insiste pour repenser nos environnements et favoriser le dynamisme des personnes. La force de cette étude est de s'intéresser à une problématique systémique sans se contenter de présenter les actions individuelles à mener.