Le Premier ministre milliardaire tchèque Andrej Babis a accusé ce samedi le Parlement européen "d'ingérence" dans les affaires intérieures du pays après une résolution adoptée la veille appelant à introduire des mécanismes pour prévenir les conflits d'intérêt liés aux fonds de l'UE.
LIRE AUSSI >> Andrej Babis, un "Berlusconi" à la tête de la République Tchèque?
Babis a fait fortune en créant le groupe Agrofert (industrie alimentaire, chimie, médias). Après avoir pris les rennes du pouvoir, il l'a transféré à des fonds fiduciaires en 2017, mais les données des registres des bénéficiaires effectifs montrent qu'il continue de récolter des bénéfices du groupe.
Alors qu'il nie avoir commis le moindre acte répréhensible, Babis est soupçonné d'avoir profité des fonds européens destinés aux PME en retirant d'Agrofert son complexe hôtelier et agricole "Nid de cigogne" près de Prague en 2007, quatre ans avant son entrée en politique.
"Une preuve de la pression politique et médiatique"
Samedi, Andrej Babis a déclaré que les députés européens "avaient inspiré la prise de mesures dans le cadre de procédures pénales spécifiques sur le territoire tchèque sans connaissances ni preuves spécifiques". "Cela peut être perçu comme une preuve de la pression politique et médiatique sur le système judiciaire tchèque et de l'ingérence dans les affaires intérieures", a-t-il déclaré dans un communiqué publié par l'agence CTK.
Le Parlement européen a également condamné vendredi des "propos diffamatoires et haineux" de la part de Babis contre des eurodéputés en mission dans son pays pour enquêter sur des soupçons de conflit d'intérêts le concernant. La présidente de cette commission parlementaire, l'Allemande Monika Hohlmeier (PPE, droite), à la tête d'une délégation de six personnes qui s'est rendue en République tchèque en février, avait déjà fait état jeudi durant les débats d'"énormes pressions" subies lors de cette mission.
A l'époque, Babis a qualifié Mme Hohlmeier de "dérangée" et a traité deux membres tchèques de la mission "d'informateurs et de traîtres". Le milliardaire dirige un gouvernement minoritaire comprenant son mouvement populiste centriste ANO et les sociaux-démocrates et qui s'appuie sur le soutien tacite des communistes.
