Longtemps raillée (y compris dans ces colonnes) pour ses retards, l'Union européenne s'est réveillée. Gestion des frontières, accord sur le passe sanitaire, montée en puissance de la logistique vaccinale : la crise du Covid a donné naissance à l'Europe de la santé. Non seulement elle n'a plus à rougir de ses débuts chaotiques, mais elle pourrait même terminer l'année sur la marche la plus haute du podium mondial pour la production de vaccins. Il y a un autre défi que les Vingt-Sept s'apprêtent à relever : celui du leadership en matière de solidarité vaccinale. Car, jusqu'à présent, on a surtout vu la Chine et la Russie inonder la planète avec leurs vaccins, Sinopharm, Sinovac et Spoutnik, tandis que les Etats-Unis de Joe Biden promettent haut et fort (mais pas pour tout de suite) la levée des brevets sur les vaccins.
Au final, l'UE peut faire mieux que la Chine
Et l'Europe, dans tout ça ? Longtemps à peine audible, elle retrouve de la voix et s'engage à livrer 100 millions de doses aux pays pauvres avant la fin de l'année. "La réalité, c'est que l'Union européenne a été depuis le début le premier exportateur et le premier donateur, notamment dans le cadre des dispositifs de solidarité internationale Act-A et Covax, que nous avons initiés", rappelle Clément Beaune, secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes.
Ces 100 millions de doses pèsent en apparence peu au regard des 700 millions de vaccins promis par la Chine au reste du monde. Sauf que les comptables de Pékin ont tendance à confondre les dons et les ventes, masquant une générosité chinoise très relative. A ce jour, moins de 2 % de la population africaine a été vaccinée (contre 50 % aux Etats-Unis et 33 % en Europe). A la fois pour des raisons de solidarité et de lucidité, l'Union européenne a raison d'endosser la blouse d'infirmier mondial. Et de le faire savoir.
