Quarante jours après l'annonce de sa démission, l'excentrique Premier ministre britannique Boris Johnson rentre dans le rang à tel point que l'on se demande : où est-il passé ? Mis à la porte par son propre parti qui doit désigner son successeur le 5 septembre, l'ancien maire de Londres a disparu des radars. Les quotidiens britanniques n'ont plus que les clichés d'archive de ses cheveux blonds s'envolant au vent pour illustrer l'action du 10 Downing Street, depuis le début de l'été. La situation est telle qu'elle a inspiré les journaux satiriques à titrer à la une du numéro de vendredi 12 août. "Le Premier ministre présent à une réunion", s'époumonait Metro à l'occasion d'une rencontre avec les dirigeants des producteurs d'électricité avant de glousser à l'intérieur des pages : "La réunion n'a pas débouché sur des actions concrètes immédiates. (...)"
Englué dans un rôle transitoire, Boris Johnson se tient bien éloigné des décisions stratégiques. L'épineuse question de l'inflation ? À son successeur de s'en charger. L'Ukraine ? Plus un son soufflé dans le transistor. "Les décisions budgétaires majeures doivent être laissées au prochain Premier ministre", précisait un communiqué de son cabinet, le 7 août. Le sortant revendique donc le choix d'expédier les affaires courantes et de remettre à plus tard les grandes orientations et annonces fracassantes. De là à prendre des vacances anticipées ? BoJo était en déplacement fin juillet en Slovénie... pour sa lune de miel.
Absences répétées
Il a profité de la vacance au pouvoir pour organiser la fête de mariage que son emploi du temps l'empêchait jusque-là de tenir avec Carrie Johnson, née Symonds, avec qui il s'est marié au printemps 2021. Habitué à être au coeur des polémiques qui ont fini par avoir raison de sa place à Downing Street, Boris Johnson suscite toujours l'étonnement au Royaume-Uni. Une forme d'exaspération l'emporte au moment d'évoquer l'apathie qui gagne le pouvoir britannique.
Au-delà de la question des festivités de son mariage, Boris Johnson s'est révélé, à plusieurs reprises, absent à plusieurs réunions de crise, notamment consacrées à la vague de chaleur historique ayant frappé le Royaume-Uni. On lui reproche également de ne pas avoir reçu les footballeuses anglaises après leur victoire à l'Euro organisé à la maison. Si Boris Johnson se montre aux abonnés absents en ce qui concerne les affaires intérieures, il s'est félicité à la télévision slovène du séjour "merveilleux" passé avec sa conjointe.
Succession sans larmes
De quoi effrayer bon nombre de voix écoutées au Royaume-Uni, comme celle de l'un de ses prédécesseurs, Gordon Brown qui appelait à accélérer la passation de pouvoir et s'inquiétait des aises prises par le garant de la Constitution. Fidèle à son tempérament, Johnson ne s'en est pas ému. La rumeur veut même qu'il occupe désormais son temps à chercher le terrain de sa future maison.
Au moment de quitter la tête du Royaume-Uni, BoJo se disait triste de quitter "le plus beau métier du monde", le Premier ministre semble moins effrayé par le vide promis par son retrait à venir. Il lui reste encore une vingtaine de jours dans les habits de chef de gouvernement avant que Liz Truss, pragmatiste et tchatérienne, ou le jeune premier, Riche Sunak, ne prenne la suite.
