La réélection pour 7 ans de Sergio Mattarella à la Présidence de la République est un gage de stabilité pour l'Italie et ses alliés. Européiste et atlantiste, ce chrétien-démocrate proche de la gauche s'est imposé aux grands électeurs du Parlement (députés, sénateurs et représentants des Régions) à son corps défendant. Le Président, dont le premier mandat expire le 3 février, souhaitait en effet se retirer.

Mais au 8ème tour de scrutin, il est apparu comme la seule personnalité capable de fédérer les suffrages de tous les partis de la coalition gouvernementale. Il avait pourtant fait plusieurs fois ses adieux et déménagé ses cartons pour passer du Palais du Quirinal à un appartement privé de Rome, proche de la Villa Borghese. Littéralement supplié, le 29 janvier, par les chefs des groupes politiques au Parlement de rester à son poste, Sergio Mattarella, 80 ans, a accepté, visiblement sans enthousiasme, "de ne pas se soustraire à ses responsabilités par devoir", mais à une condition : que les partis présents au gouvernement de Mario Draghi continuent de collaborer.

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Avec lui, l'Italie garde un chef de l'Etat unanimement respecté et, au gouvernement, le Premier ministre qui a su convaincre les Européens que son pays était capable d'utiliser le plan de relance dont il est le principal bénéficiaire (200 milliards d'euros en six ans). De quoi rassurer les alliés européens et les marchés financiers, toujours prompts à douter de la capacité de l'Italie à soutenir son endettement faramineux.

Mais dans quelles conditions Mario Draghi va-t-il pouvoir continuer sa route ? Il lui faudra avancer avec ceux de ses ministres qui ont refusé de soutenir sa propre candidature à sa Présidence et s'appuyer sur d'autres qui, au soir même de la réélection du chef de l'Etat, réclamaient déjà une "révision" au sein de l'exécutif, sans préciser leurs attentes. La rumeur d'une possible démission de Giancarlo Giorgetti (Ligue), le ministre du développement économique, s'est faite insistante. Elle a ensuite été démentie.

Partis déliquescents

Pour autant, personne à Rome ne se fait d'illusions. Dans cette noire semaine de la vie démocratique du pays, on a vu des partis déliquescents et des chefs incapables de faire passer leurs candidats (ils en avaient une dizaine), désavoués par leurs troupes. Le contexte était certes difficile avec un parlement sans majorité et une multitude de factions rivales. De petits mensonges en grandes trahisons, de coups tactiques ratés en illusoires doubles jeux, certains leaders ont particulièrement déçu leurs troupes et auront du mal à se maintenir. Tel Matteo Salvini, sérieusement contesté au sein de la Ligue ou, pire, l'ancien premier ministre Giuseppe Conte, leader désormais totalement discrédité d'un Mouvement Cinq Etoiles au bord de la scission, où le Ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio a gagné une influence déterminante. À un an des élections législatives, certains ont tout intérêt à se lancer au plus vite en campagne électorale pour faire oublier leur mauvaise prestation. Matteo Salvini est déjà passé à l'offensive. Si le gouvernement est sauf, ce n'est que pour quelques mois, pronostiquent les plus optimistes.

Balkanisation de la droite

Avec le retrait du jeu de Silvio Berlusconi, hospitalisé en urgence à Milan à la veille de l'élection, Salvini a tenté de prendre la tête de ce que l'on appelle en Italie le centre-droit, en fait une alliance qui va des européistes de Forza Italia aux souverainistes de la Ligue et à l'extrême droite de Fratelli d'Italia, le parti de Giorgia Meloni restée, elle, dans l'opposition. Des formations coalisées avec succès dans les élections régionales et locales et auxquels les sondages prédisaient une solide majorité aux prochaines législatives. Mais pour celles-ci, la semaine a tourné au jeu de massacre. En tentant une tractation de palais avec les Cinq Etoiles et le parti démocrate, le leader de la Ligue s'est attiré les foudres de ses amis. Berlusconi a été le premier à dégoupiller : son parti fera désormais cavalier seul. En appuyant in fine la réélection de Sergio Mattarella, le leader de la Ligue a carrément déchaîné la fureur de Giorgia Meloni pour qui, après cette semaine, "le centre droit a cessé d'exister et doit être refondé".

La démocratie grande perdante

Pour protéger la "grosse coalition" autour de Mario Draghi, il fallait qu'il n'y ait à cette élection ni gagnant ni perdant. A lui seul, Sergio Mattarella - élu avec 759 voix sur 1009 grands électeurs - a la neutralité requise pour sauver l'équilibre en place. Mais le fiasco des partis et la balkanisation de la droite ne vont certainement pas remobiliser l'électorat italien. Et si le grand perdant de l'opération était tout simplement la démocratie ?