Des centaines d'hectares de forêts, dans lesquelles des silhouettes tentent d'échapper aux contrôles des policiers, le plus souvent à la nuit tombée. Depuis le mois d'août, la Pologne connaît une hausse importante du nombre de demandeurs d'asile se pressant à ses frontières. Ce sont principalement des Afghans fuyant le régime des talibans, mais aussi des Irakiens, des Yéménites, des Iraniens, des Syriens ou encore des Nigérians.
Face à la pression de cette nouvelle vague migratoire, les autorités tentent par tous les moyens de décourager le passage de la frontière. Le message suivant a ainsi été envoyé par SMS aux téléphones portables à proximité de la frontière, et dont les numéros appartiennent à des pays étrangers : "La frontière polonaise est fermée. Les autorités biélorusses vous ont raconté des mensonges. Retournez à Minsk !"
Bloqués entre les deux pays, les réfugiés sont contraints d'attendre dans des camps de fortune, menacés par le froid et l'épuisement. Une situation humanitaire préoccupante et dénoncée par les ONG, dont Amnesty International. Sept personnes ont déjà été retrouvées mortes, depuis cet été, selon les autorités polonaises, lituaniennes et biélorusses.
Varsovie veut un mur à la frontière
A Varsovie, les autorités se montrent intransigeantes face ce nouvel afflux de migrants. Début septembre, le président Andrzej Duda a signé un décret permettant l'introduction de l'état d'urgence pendant 30 jours à la frontière avec la Biélorussie. "La situation à la frontière est difficile et dangereuse, déclarait alors le porte-parole du président, Blazej Spychalski. Nous devons prendre de telles décisions et assurer la sécurité de la Pologne et de l'UE."
La mise en place de cet état d'urgence, une première depuis 1989 dans cet ex-pays du bloc soviétique, concerne 183 localités le long de la frontière. Une zone dans laquelle l'accès des médias est interdit, comme l'a constaté un journaliste de la BBC, qui a recueilli des témoignages de migrants racontant avoir été illégalement expulsés du pays par la police polonaise. Jeudi, le Parlement polonais a approuvé la construction d'un mur à la frontière, alors que des barbelés sont déjà installés. De leurs côtés, ONG et journalistes dénoncent l'opacité du traitement des migrants et la politique de refoulement mise en place par le gouvernement.
En Biélorussie, l'autocrate Alexandre Loukachenko assume sa politique de chantage. "Nous arrêtions les migrants et les drogues. Attrapez-les vous-même désormais", avait-il ainsi lancé en avril dernier, furieux des vives réactions européennes consécutives à l'atterrissage forcé à Minsk d'un vol Athènes-Vilnius et l'arrestation de l'opposant Raman Protassevitch. Le régime organise ainsi des rotations entre des capitales du Moyen-Orient, comme Bagdad (Irak) et Istanbul (Turquie), pour faire venir des migrants en Biélorussie, avant de les envoyer sur les routes migratoires d'Europe de l'Est.
L'UE se divise sur d'éventuelles sanctions
Ce lundi, l'Allemagne a réclamé des sanctions contre les transporteurs qui aident la compagnie aérienne biélorusse à acheminer des migrants en route vers l'Europe. "Nous avons besoin de sanctions contre les compagnies aériennes qui gagnent de l'argent en amenant des réfugiés en Allemagne ou dans d'autres pays européens", a ainsi réclamé le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, lors d'une réunion avec ses homologues des pays membres de l'UE, à Luxembourg. "Loukachenko n'est rien d'autre que le chef d'un réseau de contrebandiers", a encore fustigé Heiko Maas.
L'Autriche et le Haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, ont affiché leur soutien à leur homologue allemand. Reste que cette demande de nouvelles sanctions ne fait pas l'unanimité au sein des Vingt-sept. Ainsi du ministre irlandais des Affaires étrangères et de la Défense, Simon Coveney, qui n'a pas caché ses réserves.
Fin septembre, la Commission européenne a demandé à la Pologne d'autoriser l'envoi de représentants de Frontex, l'agence européenne chargée du contrôle des frontières extérieures de l'UE. "Nous reconnaissons que les autorités polonaises font face à une situation difficile, déclarait ainsi un porte-parole de la Commission, lors d'une conférence de presse. La situation a été créée par une tentative d'instrumentalisation des personnes à des fins politiques." Ce dernier met en garde : "Il est essentiel pour la Pologne de remplir efficacement ses fonctions de gestion des frontières. Toutefois, cela ne doit pas se faire au détriment de la vie humaine."
