Deux ans après, Matteo Renzi est toujours fringant. "L'Italie n'est plus le problème de l'Europe. L'Italie est forte, solide mais elle a encore beaucoup de choses à faire et donc j'ai la même faim qu'au premier jour", s'est flatté le Premier ministre italien en faisant le bilan des réformes engagées pendant son mandat. Mais ses alliés politiques contestent son projet d'union civile pour les couples homosexuels, et sa dépendance vis-à-vis d'eux pourrait le faire transiger.
Symbole de sa volonté de réformer la société italienne, qui reste très réfractaire à l'adoption par les couples homosexuels, son texte discuté au Sénat depuis fin janvier a en effet subi un coup d'arrêt la semaine dernière. Le Mouvement 5 étoiles (M5S), deuxième parti du pays, soutien actif sur ce sujet depuis des mois, a refusé à la dernière minute de soutenir le Parti démocrate.
Renoncer à l'adoption pour faire avancer l'union civile
Si le principe d'une union civile pour les couples de même sexe fait consensus, les alliés du Nouveau Centre-droit (NCD) rejettent violemment la possibilité d'adopter les enfants naturels du partenaire. Devant la presse étrangère lundi, le chef du gouvernement italien a reconnu à demi-mot qu'il faudrait renoncer à cette mesure. "Je pense qu'il ne peut pas y avoir des enfants de série A et des enfants de série B. Mais ceci étant dit, l'Italie est un pays qui n'a même pas d'union civile et nous pensons que le moment est venu de mettre le mot 'fin' à ce long renvoi constant". Au Sénat, le Parti démocrate de Renzi (PD) ne dispose pas de la majorité absolue.
Si les sénateurs n'arrivent pas à trouver un accord, le gouvernement engagera sa responsabilité dans les prochains jours sur un texte validé par ses alliés du centre-droit, et donc très probablement amputé de la possibilité d'adoption. "Il faut que cette loi se fasse pour de bon", a martelé Matteo Renzi. Son ministre de l'Intérieur, Angelino Alfano, chef du Nouveau Centre-droit, a exprimé sa satisfaction: "Il n'y a pas de vainqueurs ou de vaincus ici, juste une question de bon sens."
"Sortir le pays du Moyen-Age" ou transiger?
Selon lui, la suppression de l'adoption de l'enfant du conjoint est "un minimum" et il faut aussi retirer les mesures faisant de l'union civile une "photocopie du mariage". La pension de réversion ou encore la possibilité de prendre le nom de famille de son conjoint pourraient ainsi se retrouver également dans la balance.
Pour Arcigay, la principale association de défense des homosexuels en Italie, négocier un accord sur l'union civile avec le NCD "revient à écrire les lois de protection des enfants avec un ogre". Elle appelle le PD, les partis de la gauche non-gouvernementale et le M5S à se remettre autour d'une table pour s'engager à faire passer le texte en l'état. "Pour une fois, que prévale l'intérêt suprême des citoyens et du pays à sortir du Moyen-Age", a lancé Arcigay, qui appelle à un rassemblement devant le Sénat lors de la reprise des débats mardi après-midi.