En cette nuit d'hiver 2014, l'air gelé brûle les poumons, à Kiev, mais il n'empêche pas les Ukrainiens d'affluer vers Maïdan. La révolution est en marche, rien n'arrêtera cette marée humaine qui, bientôt, balaiera le président Ianoukovitch, suppôt de Moscou.

Arrivé de Lviv dans un vieux bus, Serhiy m'entraîne vers les barricades. Pour se protéger des matraques des berkouts, les terribles milices anti-émeutes, ce Gavroche drapé de bleu et jaune n'a qu'un dérisoire bouclier en bois. Comme ses frères d'armes, il risque sa vie. Mais s'est-il même posé la question ? Ce soir-là, Serhiy sera blessé à l'oeil par une grenade fumigène, mais cela ne l'empêchera pas de revenir le jour d'après. Et le suivant.

LIRE AUSSI : "Se rendre ? Impensable !" En Ukraine, l'esprit de résistance est partout

Poutine doit comprendre : rien n'arrêtera les Ukrainiens

Dans ce maelström de violence, d'espoirs et d'exaspération est née une flamme qui ne s'est plus jamais éteinte. Autour des bidons enflammés se réchauffaient mille visages : militants proeuropéens, russophones, nationalistes, ouvriers, babouchkas emmitouflées dans leur fichu... Ceux d'une société qui prend conscience de sa force collective. "Ensemble, nous avions moins peur qu'en restant seuls chez nous, dans une illusion de confort", évoque le philosophe ukrainien, Constantin Sigov.

"Rien ne nous arrêtera." Une jeune épouse m'avait soufflé cette phrase à la sortie d'une messe donnée en l'honneur de son mari, abattu par un sniper. Je me souviens de leur fils de 8 ans, dont le regard bleuté semblait dire "pourquoi ?". Pourquoi n'avons-nous pas le droit de choisir notre destin, nous qui, ce 24 août 1991, avons scellé notre indépendance de façon démocratique ?

Après Maïdan, rien ne sera plus comme avant. Avoir été témoin de cette ferveur extraordinaire aide à comprendre l'inusable détermination des Ukrainiens. Jamais ils n'abandonneront. Jamais ils ne capituleront. De Kiev à Kharkhiv, chacun tiendra son poste. Et c'est bien ce que Vladimir Poutine ne comprendra jamais. Il peut les mutiler et les écraser de bombes, il n'emprisonnera jamais leur esprit. Un esprit né à Maïdan, en cette nuit d'hiver 2014.

Cet article est issu de notre numéro spécial "Nous, les Ukrainiens", en kiosques le 24 août, en partenariat avec BFMTV.